Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/113

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Mais il convenait mieux à une vierge de veiller sur les jours d’une vierge ; et je crains bien qu’elle ne veuille les abréger. En effet, une langueur, dont les causes ne sont pas apparentes, oppose à tous les remèdes et à tous les secours une résistance opiniâtre. Quelle penses-tu que doive être la faiblesse d’une femme qui, pour tracer cette pénible réponse, peut à peine soutenir sur son coude ses membres décolorés ? À cela se joint la crainte qu’une autre que ma nourrice, confidente de mes secrets, ne s’aperçoive de cet échange d’entretiens. Elle reste assise au dehors, et, pour que je puisse t’écrire en sûreté, à ceux qui demandent ce que je fais chez moi : "Elle dort," répond-elle. Bientôt, lorsque le sommeil, excellent prétexte d’une longue solitude, commence, à force de délais, à devenir un motif invraisemblable, lorsque enfin elle voit arriver ceux qu’il serait trop dur de ne pas admettre, elle tousse pour me donner le signal dont nous sommes convenus. Je m’arrête, laissant à la hâte les mots inachevés, et je cache dans mon sein tremblant la lettre interrompue.

Je reprends ensuite cette tâche fatigante pour mes doigts. Tu vois ainsi quels soins il me faut prendre. Je veux mourir si tu en es digne, pour parler vrai ; mais je suis meilleure que je ne devrais, et que tu ne le mérites.

C’est donc pour toi que j’ai porté tant de fois, que je porte encore, incertaine de ma guérison, la peine de tes stratagèmes ? Voilà donc ma récompense, après les éloges que tu donnes à ma beauté superbe ? T’avoir plu fait donc mon malheur ? Si, comme je l’eusse préféré, je t’avais paru laide, mon corps, objet de ton mépris, n’aurait aujourd’hui besoin d’aucune assistance : je gémis maintenant, pour avoir été louée ; maintenant votre rivalité fait mon tourment, et je suis victime des avantages même que je possède[1]. Tandis que tu refuses de céder, et qu’il ne se croit pas le second, que tu t’opposes à ses vœux, et qu’il fait obstacle aux tiens, je suis, moi, ballottée comme un vaisseau que lance en pleine mer le souffle impétueux de Borée, et que ramènent le reflux et l’onde. Lorsque arrive ensuite le jour désiré par des parents chéris, mon corps devient la proie d’une fièvre ardente ; et, au moment de contracter ce cruel hymen, l’inflexible Proserpine vient heurter à ma porte[2]. Je rougis alors, et je crains, malgré mon innocence, de paraître avoir mérité le courroux des dieux. L’un prétend que mon malheur est l’effet du hasard ; un autre que cet époux ne saurait plaire aux Immortels ; car ne crois pas que la rumeur publique t’épargne : quelques-uns attribuent ce qui se passe à tes maléfices. Si la cause en est cachée, mes maux sont visibles : vous vous livrez, sans espoir de paix, de terribles combats, et c’est moi qui en souffre.

Dis maintenant, cherche encore à m’abuser par tes ruses : que fera ta haine, si ton amour est si cruel ? Si tu

  1. Voyez l’épître précédente et la note 1 de cette même épître.
  2. Voyez la note 1 de l’épître XX. — Proserpine est nommée ici comme la déesse de la mort, qui vient chercher sa proie.

    Pallida mors aequo pulsat pede pauperum tabernas
    Regumque turres

    (HORACE, lib. I, Od. 4, v. 15)