Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/289

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tié fange. L’humide et le chaud, tempérés l’un par l’autre, sont la source de la fécondité et la cause productrice de tous les êtres. Quoique le feu soit ennemi de l’eau, la vapeur humide engendre toute chose, et l’alliance de deux éléments contraires est le principe de la génération. Ainsi, couverte encore des fanges du déluge et profondément pénétrée par la chaleur du soleil, la terre produisit d’innombrables espèces d’animaux : les uns reparaissaient sous leurs formes primitives, les autres voyaient le jour pour la première fois. Elle fut aussi condamnée à t’engendrer, monstrueux Python, serpent inconnu sur la terre, effroi de ses nouveaux habitants, tant sur les flancs d’un mont, sa masse énorme occupait d’espace ! Le dieu qui porte l’arc ne s’était jusqu’alors servi de ses flèches que contre les daims et les chevreuils aux pieds légers : il en accabla le monstre, épuisa sur lui son carquois et lui fit vomir, par mille blessures livides, son sang et ses poisons ; et, de peur que le temps n’effaçât le souvenir d’une si belle victoire, il institua des jeux solennels, qui furent appelés Pythiques, du nom du serpent vaincu. Le jeune athlète, vainqueur dans ces jeux, à la lutte, à la course à pied, ou à celle du char, recevait une couronne de chêne, symbole de l’honneur. Le laurier n’existait pas encore, et la blonde chevelure d’Apollon empruntait indifféremment sa couronne à toutes sortes d’arbres.

Le premier objet de la tendresse d’Apollon fut Daphné, fille du fleuve Pénée. Cette passion ne fut point l’ouvrage de l’aveugle hasard, mais la vengeance de l’amour irrité : Le Dieu de Délos, dans l’orgueil de sa victoire, avait vu Cupidon qui tendait avec effort la corde de son arc : « Faible enfant, lui dit-il, que fais-tu de ces armes pesantes ? Ce carquois ne sied qu’à l’épaule du dieu qui peut porter des coups certains aux bêtes féroces comme à ses ennemis, et qui vient d’abattre, sous une grêle de traits, ce monstre dont le ventre, gonflé de tant de poisons, couvrait tant d’arpents de terre. Contente-toi d’allumer, avec ton flambeau, je ne sais quelles flammes amoureuses, et garde-toi bien de prétendre à mes triomphes ». Le fils de Vénus, répondit : « Apollon, rien n’échappe à tes traits, mais tu n’échapperas pas aux miens : autant tu l’emportes sur tous les animaux, autant ma gloire est au dessus de la tienne ». Il dit, et, frappant la terre de son aile rapide, il s’élève et s’arrête au sommet ombragé du Parnasse : il tire de son carquois deux flèches dont les effets sont bien différents ; l’une inspire l’amour, et l’autre le repousse : la première est dorée, sa pointe est aiguë et brillante, la seconde n’est armée que de plomb, et sa pointe est émoussée. C’est de ce dernier trait que le dieu atteint la fille de Pénée ; c’est de l’autre qu’il blesse Apollon et le perce jusqu’à la moelle des os. Apollon aime aussitôt, et Daphné hait jusqu’au nom de son amant ; émule de la chaste