Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/29

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PÉNÉLOPE À ULYSSE

Ta Pénélope t’envoie cette lettre, trop tardif Ulysse. Ne me réponds rien, mais viens toi-même. Elle est certainement tombée, cette Troie, odieuse aux filles de la Grèce. Priam et Troie tout entière valent à peine tout ce qu’ils me coûtent. Oh ! Que n’a-t-il été enseveli dans les eaux courroucées, le ravisseur adultère, alors que sa flotte le portait vers Lacédémone ! Je n’aurais pas, sur une couche froide et solitaire, pleuré l’absence d’un époux. Je n’accuserais pas, loin de lui, la lenteur des jours, et, dans ses efforts pour remplir le vide des nuits, ta veuve ne verrait point une toile toujours inachevée pendre à ses mains fatiguées.

Quand m’est-il arrivé de ne pas craindre des périls plus grands que la réalité ? L’amour s’inquiète et craint sans cesse. Je me figurais les Troyens fondant sur toi avec violence. Le nom d’Hector me faisait toujours pâlir. M’apprenait-on qu’Antiloque avait été vaincu par Hector[1], Antiloque était le sujet de mes alarmes, que le fils de Ménoete avait succombé, malgré ses armes trompeuses[2], je pleurais en songeant que le succès pouvait manquer à la ruse. Tlépolème avait rougi de son sang la lance d’un Lycien, la mort de Tlépolème renouvela mes frayeurs[3]. Enfin, quel que fût, dans le camp des Grecs, le guerrier qui eût succombé, le cœur de ton amante devenait plus froid que la glace.

Mais un dieu équitable a servi mon chaste amour. Troie est réduite en cendres, et mon époux existe. Les chefs d’Argos sont de retour. L’encens fume sur les autels. La dépouille des Barbares est

  1. Antiloque ne fut pas tué par Hector, mais par Memnon, fils de l’Aurore, selon le témoignage d’Homère, Od., 4, 187, suivi par Pindare, Pyth., VI, 28.
  2. Patrocle était fils de Ménoete, il s’était déguisé sous les armes d’Achille. (Iliad. l. XVI )
  3. Tlépolème, fils d’Hercule et d’Astyochée, fut tué par Sarpédon, roi des Lyciens. (Iliad., l. V.)