Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/300

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les métamorphoses


la flamme, et couronne sa tête de rayons ; présage de son deuil, des soupirs redoublés s’échappent de son âme inquiète ; il s’écrie : « Si du moins tu daignes obéir aux derniers conseils de ton père, ô mon fils, fais plus souvent usage des rênes que de l’aiguillon. D’eux-mêmes, mes coursiers précipitent leur course ; la difficulté est de modérer leurs efforts. Garde-toi de suivre la ligne droite qui coupe les cinq zones : un autre sentier trace une courbe longue et oblique à travers les trois zones du milieu qui lui servent de limites : fuis le pôle austral ainsi que l’ourse unie aux aquilons, et marche dans ce sentier : tu y trouveras encore l’empreinte visible de mes roues. Mais afin de dispenser au ciel et à la terre une égale chaleur, garde-toi de trop abaisser ou de trop élever ton char dans les plaines de l’éther : trop haut, tu embraserais les célestes demeures ; trop bas, tu embraserais la terre : le milieu est le chemin le plus sûr. Crains encore que ton char ne t’entraîne trop à droite dans les nœuds du serpent, ou trop à gauche vers la région inclinée de l’autel ; marche à une égale distance de ces deux astres : j’abandonne le reste à la fortune ; puisse-t-elle se montrer propice et veiller mieux que toi au salut de tes jours ! Mais tandis que je parle, la nuit humide, aux bornes de sa course, a touché les bords de l’Hespérie : je ne puis tarder plus longtemps : l’univers attend ma présence : le flambeau de l’aurore a dissipé les ténèbres. Prends les rênes en main, ou plutôt, si ton cœur sait changer, use de mes conseils plutôt que de mon char. Tu le peux ; tu n’as point encore quitté l’asile assuré que t’offre ce palais ; ta main téméraire ne guide pas encore ce char, objet de tes désirs insensés ; à l’abri du péril, laisse-moi dispenser la lumière au monde, et contente-toi d’en jouir ».

Mais le fougueux jeune homme s’élance sur le char rapide ; il s’y place, et, joyeux de toucher les rênes confiées à ses mains, il rend grâce à son père, qui lui cède à regret. Cependant les agiles coursiers du Soleil, Pyroëis, Eoüs, Æthon et Phlégon, remplissent l’air du bruit de leurs hennissements et du feu de leur haleine, et frappent du pied les barrières. À peine Téthys, ignorant la destinée de son petit-fils, a-t-elle, en les levant, ouvert à leur ardeur l’immense carrière du monde, qu’ils prennent leur essor ; agités dans les airs, leurs pieds fendent les nuages qui s’opposent à leur passage, et, secondés par leurs ailes, ils devancent les vents partis des mêmes lieux. Mais le char était léger, les coursiers ne pouvaient le reconnaître ; le joug n’avait plus son poids ordinaire. Tel qu’un vaisseau, dont le lest est trop faible, vacille et devient, à cause de sa trop grande légèreté, le jouet mobile des flots, tel, privé de son poids accoutumé, le char bondit au haut des airs ; à ses profondes secousses on eût dit un char vide. Les coursiers l’ont à peine senti que, précipitant leur course, ils abandonnent la