Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/301

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les métamorphoses


route tracée, et ne courent plus dans le même ordre qu’auparavant. Phaéton s’épouvante : de quel côté tourner les rênes confiées à ses mains ? quel chemin suivre ? il ne sait ; et quand il le saurait, pourrait-il commander aux coursiers ? Alors, pour la première fois, les étoiles glacées des Trions s’échauffèrent aux rayons du soleil, et vainement elles cherchèrent à se plonger dans l’Océan, qui leur était fermé. Voisin du pôle glacial, le serpent, jusqu’alors engourdi par le froid et jamais redoutable, s’échauffe et puise dans la chaleur une rage nouvelle. Et toi aussi, dans le trouble qui t’agitait, tu pris, dit-on, la fuite, ô Bouvier, malgré ta lenteur ordinaire et le soin de ton chariot. Du haut des airs, l’infortuné Phaéton a vu la terre disparaître dans un profond éloignement ; il pâlit, ses genoux tremblent d’une terreur nouvelle, et ses yeux, au sein même de tant de clartés, se couvrent de ténèbres. Oh ! qu’il voudrait n’avoir jamais touché les guides du char de son père ! Qu’il regrette de connaître son origine et d’avoir triomphé par ses prières ! Il aimerait bien mieux être appelé fils de Mérops. Il est emporté comme un vaisseau battu par le souffle furieux de Borée, et dont le pilote, vaincu par la tempête, abandonne le gouvernail aux dieux et le salut aux prières. Que fera-t-il ? Derrière lui, un grand espace des cieux déjà franchi ; devant lui, un espace plus grand encore. Sa pensée les mesure l’un et l’autre : tantôt il porte ses regards vers ce couchant que le destin ne lui permet pas d’atteindre ; tantôt il les reporte vers l’Orient. Quel parti prendre ? il l’ignore, et reste immobile d’effroi ; il n’abandonne pas les rênes, et sa main ne peut les retenir ; il ne sait plus les noms des coursiers. Répandus çà et là dans les diverses régions du ciel, mille prodiges, mille monstres affreux frappent sa vue épouvantée.

Il est un lieu où le scorpion replie ses bras en deux arcs, et, développant la courbure de ses pieds et de sa queue, en couvre l’espace de deux signes. Phaéton voit le monstre, suant un noir venin, le menacer du dard recourbé dont sa queue est armée. À cet aspect, son âme se trouble, et sa main, glacée par l’effroi, laisse échapper les rênes ; sitôt que les coursiers les ont senties flotter sur leurs flancs, ils se donnent carrière. Libres du frein, ils s’élancent, à travers les airs, dans des régions inconnues, et volent où les emporte leur fougue désordonnée ; ils bondissent jusqu’aux astres suspendus à la céleste voûte, et entraînent le char à travers les abîmes. Tantôt ils montent au plus haut des cieux, tantôt, roulant de précipice en précipice, ils tombent dans les régions plus voisines de la terre. La Lune s’étonne de voir les chevaux de son frère descendre, dans leur course, au-dessous des siens. Les nuages embrasés s’exhalent en fumée ; le feu dévore les points les plus élevés de la terre ; elle se fend,