Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/313

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les métamorphoses


temps il lui montre une pierre. Le fils de Jupiter feint de s’éloigner ; bientôt il revient avec une voix et une figure nouvelles. « Berger, dit-il, n’as-tu pas vu passer ici des génisses ? Viens à mon aide, et découvre-moi le mystère qui cache un larcin ; tu recevras en récompense une génisse et son taureau ». Le vieillard, tenté par l’appât d’un double salaire, lui répond : « Vous les trouverez derrière ces montagnes. Elles y étaient en effet ». Le petit-fils d’Atlas sourit : « Tu me trahis, perfide ! s’écria-t-il, et c’est à moi-même que tu me livres ». Et il change le parjure en une pierre dure, qui porte aujourd’hui même le nom de pierre de touche ; depuis ces temps lointains elle est marquée d’une tache d’infamie qu’elle n’a point méritée.

Le dieu du caducée s’envole de Pylos, élevé dans les airs par le mouvement égal de ses ailes ; dans son vol, il abaisse ses regards sur les champs de Munychie, la contrée chérie de Minerve, et les frais ombrages du Lycée. Ce jour-là, suivant l’antique usage, de chastes vierges portaient, sur leur tête, au temple de Pallas, paré pour la solennité, des corbeilles couronnées de fleurs et chargées de pures offrandes. À leur retour, le dieu qui porte des ailes les aperçoit ; dès lors, son vol ne décrit plus une ligne droite, mais un cercle replié sur lui-même. Le milan rapide, qui voit du haut des airs les entrailles d’une victime, intimidé à l’aspect des sacrificateurs qui se pressent autour de l’autel, plane en tournoyant sur leur tête, et, n’osant s’éloigner, il circonscrit le mouvement de ses ailes autour de la proie qu’il espère ; ainsi s’agite, au-dessus des murs d’Acté, le vol circulaire de l’agile Cyllène ; il tourne sans cesse dans le même cercle. Autant Lucifer éclipse tous les astres par son éclat, autant la lumière dorée de Phébé t’éclipse toi-même, ô Lucifer ! autant Hersé, par sa beauté, efface toutes les vierges ; elle est à la fois l’ornement de cette fête et de ses compagnes. À la vue de tant d’attraits, le fils de Jupiter s’arrête émerveillé, et, suspendu dans les airs, il s’enflamme comme le plomb qui, lancé par la fronde baléare, vole, s’embrase en traversant les régions éthérées, et trouve sous les nues des feux qu’il ne connaissait pas. Abandonnant la route des cieux, Mercure se dirige vers un point opposé ; il ne se déguise pas, tant il a de confiance dans sa beauté. Assez puissante par elle-même, elle emprunte à l’art de nouveaux attraits ; il arrange sa chevelure, il prend soin que sa robe, tombant en plis gracieux, étale à tous les yeux l’or de sa riche broderie ; il tient dans sa main la baguette légère qui appelle ou bannit le sommeil, et donne un nouveau lustre à ses talons ailés. Au fond du palais de Cécrops, étaient deux appartements où brillent l’ivoire et l’écaille ; le tien, Pandrose, était à droite ; celui d’Aglaure, à gauche, et celui d’Hersé, au milieu ; Aglaure s’aperçut la première de l’arrivée de Mercure ; elle osa lui de-