Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/324

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
296
les métamorphoses

premier signe de sa tête s’élèvent docilement les nuages où sa main a jeté, confondu, les orages, les éclairs, les vents et les traits inévitables de la foudre. Autant qu’il peut, cependant, il essaie d’en affaiblir la violence ; il ne s’arme point des feux qui ont foudroyé Typhée, le géant aux cents bras, ils ont trop de furie ; il est une autre foudre moins terrible, à laquelle la main des Cyclopes mêla moins de violence, de flamme et de fureur : les dieux l’appellent foudre de second ordre. Jupiter la prend et pénètre dans le palais d’Agénor. Une simple mortelle ne put soutenir la bruyante splendeur du dieu : elle fut consumée par les dons même de son amant. L’enfant, à demi-formé, est retiré du sein de sa mère, et, s’il est permis de le croire, enfermé, faible encore, dans la cuisse de Jupiter, il y accomplit le temps qu’il devait passer dans les flancs maternels. La sœur de Sémélé, Ino, entoura furtivement son berceau des premiers soins ; elle le confia ensuite aux Nymphes de Nisa, qui le cachèrent dans leur antre et le nourrirent de lait.

Tandis que ces événements s’accomplissent dans l’univers par la loi du destin, et que Bacchus, après sa double naissance, repose en sûreté dans son berceau, Jupiter, égayé, dit-on, par le nectar, déposa les soins onéreux de son empire pour s’abandonner à son humeur folâtre avec Junon. Libre alors de tout souci : « Sans doute, lui dit-il, le plaisir a pour vous de plus vives douceurs que pour les hommes ». Junon de le nier. On convient de s’en rapporter à la décision de l’habile Tirésias, initié aux plaisirs des deux sexes. Un jour que deux énormes serpents s’étaient accouplés sous le feuillage au fond d’une forêt, il les frappa d’un coup de baguette ; et soudain, ô prodige ! métamorphosé en femme, il conserva sa nouvelle forme pendant sept automnes ; le huitième offre encore à ses regards ces deux serpents : « Si les blessures qu’on vous fait, dit-il, sont assez puissantes pour changer le sexe de votre ennemi, je vais vous frapper encore ». Il les frappe, et reprend aussitôt avec sa forme première les traits qu’il avait reçus de la nature. Choisi pour arbitre dans ce joyeux débat, il ratifie l’avis de Jupiter. La fille de Saturne en éprouva une douleur trop vive, pour trouver son excuse dans un sujet aussi frivole ; elle condamna les yeux de son juge à une éternelle nuit. Mais le maître suprême du monde (car aucun dieu n’a le droit d’anéantir l’ouvrage d’un autre dieu) lui accorda la science de l’avenir pour le consoler de la perte de la lumière, et allégea sa peine par cet honneur.

Les villes d’Aonie retentissaient du bruit de sa renommée, et sa voix donnait des réponses toujours infaillibles au peuple qui venait le consulter. La première épreuve de la vérité de ses oracles fut faite par la nymphe Liriope. Jadis le Céphise l’enlaça de ses flots sinueux, et, la tenant enchaînée dans son onde, triompha de sa pudeur par la violence. Cette