Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/335

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les métamorphoses

ntre-toi propice aux vœux des Thébaines ; dociles à tes volontés, elles célèbrent tes mystères ». Seules, au fond de leurs demeures, les filles de Minée profanent ces fêtes par des travaux hors de saison : elles filent la laine, font tourner le fuseau sous leurs doigts, en forment de laborieux tissus, et ne donnent aucun repos à leurs esclaves. L’une d’elles, guidant un fil docile entre ses doigts déliés, tandis que les autres Thébaines suspendent leurs travaux pour de vaines solennités, dit à ses sœurs : « Nous, que Pallas, divinité plus sage, retient en ces lieux, mêlons à l’usage utile de nos mains des entretiens qui le varient et qui l’allègent ; faisons tour à tour quelque récit qui nous empêche de sentir la longueur du temps, et charme nos oreilles oisives ». Ses sœurs applaudissent à ses paroles, et l’invitent à commencer. Elle cherche dans son esprit quelle histoire elle pourra choisir parmi toutes celles qui lui sont connues : doit-elle conter ton aventure, ô Dercète, nymphe de Babylone, qui vis tes membres se revêtir d’écailles, et qui, depuis ta métamorphose, s’il faut en croire les peuples de Syrie, résides au fond de leurs marais ? Dira-t-elle comment sa fille, transformée en oiseau, passa sur des tours élevées les dernières années de sa vie ; comment Naïs, par le charme de sa voix et la trop puissante vertu des simples, changea de jeunes hommes en poissons muets, et subit à son tour la même métamorphose ; comment enfin l’arbre qui portait des fruits blancs en porte de noirs, depuis qu’il a été arrosé de sang ? Cette fable lui plaît, parce qu’elle est peu connue ; et tandis que la laine s’allonge en fil, elle commence en ces termes : « Pyrame, le plus beau des jeunes gens, et Thisbé, qui éclipsait toutes les beautés de l’0rient, habitaient deux maisons contiguës, dans cette ville superbe que Sémiramis entoura, dit-on, de remparts cimentés de bitume. Le voisinage favorisa leur connaissance et forma leurs premiers nœuds ; leur amour s’accrut avec le temps, et ils auraient allumé le flambeau d’un hymen légitime, si leurs parents ne s’y étaient opposés ; mais leurs parents ne purent empêcher que le même feu n’embrasât deux cœurs également épris. Leur amour ne se confie à personne : il n’a pour interprètes que leurs signes et leurs regards ; et leur flamme plus cachée ne brûle qu’avec plus d’ardeur au fond de leurs âmes. Une fente légère existait, depuis le jour même de sa construction, dans le mur qui séparait leur demeure ; personne dans une longue suite de siècles, ne l’avait remarquée ; mais que ne découvre pas l’amour ? Vos yeux, tendres amants, furent les premiers à la découvrir ; elle servit de passage à votre voix, et par elle un doux murmure vous transmit sans danger vos amoureux transports. Souvent Thisbé d’un côté, et Pyrame de l’autre, s’arrêtaient près de cette ouverture pour respirer tour à tour leur haleine : « Mur jaloux, disaient-ils, pourquoi servir d’obstacle à nos amours ? Que t’en coûterait-il de permettre à nos bras de s’unir, ou, si ce bonheur est trop