Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/338

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les métamorphoses

dieux exaucèrent sa prière ; les parents l’exaucèrent aussi : le fruit de l’arbre, arrivé à sa maturité, prend une couleur sombre, et leurs cendres reposent dans la même urne.

Elle avait achevé ; après un court intervalle, Leuconoé prend la parole, et ses sœurs l’écoutent en silence. « Le soleil, dont les rayons célestes fécondent l’univers, a été aussi l’esclave de l’Amour ; racontons les amours du soleil. Ce dieu, dit-on, fut le premier témoin du commerce adultère de Vénus et de Mars ; c’est lui qui le premier voit tout dans le monde. Indigné de ce crime, il découvre au fils de Junon la honte de son lit, et le lieu qui en est le théâtre. À cette nouvelle, le dieu consterné laisse tomber le fer que travaille sa main. Il façonne aussitôt de légères chaînes d’airain, et sa lime les réduit en filets imperceptibles à l’œil ; ils ne le cèdent en finesse ni au tissu le plus délié, ni à la toile qu’Arachné suspend à de vieux toits. Il en combine avec art les ressorts qui doivent obéir aux moindres mouvements, et, d’une main adroite, il les tend autour du lit des deux amants. À peine Vénus et son complice sont-ils réunis dans la même couche, que Vulcain les surprend, les enveloppe de ces liens fabriqués avec un art nouveau, et les enchaîne au milieu de leurs embrassements. Le dieu de Lemnos ouvre aussitôt les portes d’ivoire de son palais, et fait entrer les dieux. les amants paraissent dans les bras l’un de l’autre, enchaînés et confus : un de ces dieux, dans sa joyeuse humeur, osa souhaiter la même honte au même prix. Les immortels rirent de cette aventure, et longtemps elle servit d’entretien à la céleste cour.

La déesse de Cythère tire de cette révélation une mémorable vengeance : elle veut qu’à son tour celui qui a trahi ses amours secrets soit trahi dans des amours semblables. Que peuvent désormais, ô fils d’Hypérion, ta beauté, ta chaleur et ta radieuse lumière ? Toi dont l’œil doit tout embrasser, tu ne vois plus que Leucothoé, et tu arrêtes sur une seule nymphe les regards que tu dois au monde entier : tu te lèves plus tôt à l’Orient ; tu descends plus tard au sein des ondes, et tandis que tu t’arrêtes pour la contempler, tu prolonges les heures de la saison des frimas. Quelquefois tu nous dérobes ta clarté ; les ennuis de ton âme ont passé sur ton front, et l’obscurité qui le couvre porte l’épouvante au cœur des mortels. La lune ne vient pas se placer entre ton disque et la terre dont elle est plus voisine que toi, et cependant tu pâlis ; c’est l’amour qui imprime cette pâleur. Tu n’aimes que Leucothoé : ce n’est plus Clymène, ni Rhode, qui règnent sur ton cœur, ni la nymphe célèbre par sa beauté, et qui donna le jour à Circé dans l’île d’Éa, ni Clytie qui, malgré tes mépris, aspirait encore à ta couche, et dans ce moment même ressentait une profonde blessure. Leucothoé te fait oublier de nombreuses rivales : sur les rivages d’où nous viennent les parfums, elle naquit d’Eu-