Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/339

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les métamorphoses

rynome dont rien n’égalait la beauté. Elle grandit : sa mère qui éclipsa toutes les femmes est à son tour éclipsée par sa fille. Les villes de l’Achéménide reconnaissaient les lois d’Orchame, son père, septième descendant de l’antique Bélus. Sous le ciel de l’Hespérie sont les pâturages des coursiers du soleil ; l’ambroisie y croît à la place du gazon ; après les fatigues du jour, elle leur sert de pâture et leur donne des forces nouvelles. Tandis qu’ils se repaissent du céleste aliment, et que la nuit accomplit sa révolution, le dieu pénètre dans la demeure de son amante, sous les traits d’Eurynome, sa mère : au milieu de douze esclaves, il voit Leucothoé qui, à la clarté d’un flambeau, filait la laine aux couleurs éclatantes. Après lui avoir donné de tendres baisers, comme une mère à sa fille chérie : « Il s’agit d’un secret, dit-il ; esclaves, éloignez-sous et n’ôtez pas à une mère le droit de parler seule à son enfant ».

Les esclaves obéissent et l’appartement reste sans témoin : « Je suis, dit le dieu, celui qui mesure la longueur de l’année, celui qui voit tout et par qui la terre voit tout, je suis l’œil du monde ; crois-le, je t’aime ». Leucothoé tremble ; la crainte qui fait tomber la quenouille et les fuseaux de sa main défaillante, rehausse encore sa beauté : au même instant, Apollon reprend sa véritable forme et sa splendeur accoutumée. Effrayée de ce changement soudain, mais vaincue par l’éclat du dieu, la jeune fille cède sans se plaindre à la violence de son amant. Son bonheur fait envie à Clytie, qui n’avait pu maîtriser encore sa tendresse pour le soleil : irritée par le triomphe de sa rivale, elle dévoile un commerce adultère et court le dénoncer au père de Lycothoé : cruel et sans pitié, il repousse les prières de sa fille ; elle a beau s’écrier, les bras tendus vers le soleil, qu’il a triomphé par la force, le barbare l’ensevelit vivante dans le sein de la terre, et le sable élevé en tertre l’accable de son poids. Les rayons du fils d’Hypérion le dispersent : ils t’ouvrent une issue par laquelle ton front enseveli pourra se faire jour : mais déjà la mort a glacé ta tête. Sous le fardeau qui l’oppresse, tu ne peux la soulever, ô nymphe, et tu n’es plus qu’un corps sans mouvement et sans vie. Jamais, dit-on, le dieu dont la main guide les agiles coursiers du jour ne vit depuis que la foudre consuma Phaéton, de spectacle plus douloureux pour son âme. Il essaie encore de ranimer, par la force de ses rayons, les membres glacés de son amante, d’y rappeler la chaleur et la vie ; mais le destin résiste à ses efforts. Il répand alors un nectar odorant sur sa dépouille et sur le sable qui la couvre ; après de longues plaintes il s’écrie : « Du moins, tu monteras jusqu’au ciel ! » Aussitôt les membres de la nymphe, pénétrés de l’essence divine, s’amollissent, et la terre est baignée de parfums ; une tige qui distille l’encens pousse insensiblement des racines