Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/349

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les métamorphoses

récompense ». Et se détournant à gauche, il lui présente le hideux visage de Méduse. Le colosse est changé en montagne, sa barbe et ses cheveux deviennent des forêts, ses épaules et ses mains des coteaux, sa tête le sommet même de la montagne, ses os des rochers, tout son corps élargi prend un accroissement immense, et désormais (dieux, vous l’avez ainsi voulu) le poids du ciel et de tous les astres repose tout entier sur lui.

Le petit-fils d’Hippotas avait renfermé les vents dans leur prison éternelle, et Lucifer, qui rappelle les hommes au travail, brillait du plus vif éclat à la voûte céleste. Persée reprend ses ailes, les attache à ses pieds, s’arme d’un fer recourbé, et, d’un vol rapide, Sillonne les plaines de l’air. Il a déjà laissé, à gauche et à droite, d’innombrables contrées, lorsqu’il abaisse ses regards sur les peuples d’Ethiopie et sur les champs où règne Céphée. Là, condamnée par l’injuste arrêt de l’implacable Ammon, Andromède expiait le superbe langage de sa mère. Persée voit ses bras enchaînés à un rocher sauvage, et, si le souffle léger des Zéphyrs n’eût pas agité ses cheveux, si des pleurs n’avaient pas coulé de sa paupière tremblante, il l’aurait prise pour un marbre, ouvrage du ciseau. Atteint à son insu d’une flamme nouvelle, il demeure immobile et ravi par les charmes qui frappent ses regards, il oublie presque de frapper l’air de ses ailes. Il s’arrête et s’écrie : « Non tu n’es pas faite pour de pareilles chaînes, mais pour celles qui unissent des amants passionnés. Apprends-moi, de grâce, ton nom, celui de ces contrées, et pourquoi tu portes ces fers ». D’abord elle garde le silence : vierge, elle n’ose parler à un homme ; elle eût même caché de ses mains son visage pudique, si elles n’avaient pas été enchaînées ; du moins elle pouvait pleurer : ses yeux se remplirent de larmes ; enfin, de nouveau pressée de parler, et craignant qu’il n’imputât son silence à la honte de quelque crime, elle lui apprit son nom, celui de son pays et le fol orgueil que la beauté avait inspiré à sa mère. Elle n’avait pas tout dit encore ; soudain l’onde retentit, un monstre apparaît sur la vaste surface des eaux ; il s’avance et presse sous ses vastes flancs une mer immense. La jeune fille pousse un cri : son père affligé, sa mère éperdue étaient présents ; malheureux tous les deux, sa mère était la plus coupable ; ils ne lui donnent pour tout secours qu’un juste tribut de larmes et les cris du désespoir ; ils serrent dans leurs bras Andromède attachée au rocher. « Vos pleurs pourront couler à loisir, dit l’étranger ; mais nous n’avons qu’un instant pour la sauver. Si je briguais sa main, moi, Persée, fils de Jupiter et de celle qu’une pluie d’or rendit féconde dans sa prison, moi, Persée, vainqueur de la Gorgone à ta tête hérissée de serpents, moi qui, porté sur des ailes,