Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/350

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les métamorphoses

osai voyager dans les plaines de l’air ; sans doute je serais choisi pour gendre parmi tous mes rivaux. À tant de titres je veux, si les dieux me secondent, ajouter un bienfait : pour qu’elle m’appartienne, je m’engage à la sauver par mon intrépidité ». On accepte cette condition ! Qui aurait pu balancer ? On le presse, on lui promet Andromède, pour épouse, et pour dot un royaume. Semblable au navire dont la proue sillonne les ondes quand il cède à l’effort de jeunes matelots dont les bras sont baignés de sueur, le monstre s’avance, repoussant et divisant les flots avec sa poitrine ; la distance qui le sépare du rocher pourrait être franchie par le plomb que lance dans les airs la fronde baléare ; soudain, le héros, frappant la terre de ses pieds, élève son vol jusqu’aux nues ; son ombre se réfléchissait à la surface des eaux ; le monstre voit cette ombre et l’attaque avec fureur. Quand l’oiseau de Jupiter aperçoit dans la plaine un serpent qui présente son dos livide aux rayons du soleil, il l’attaque par derrière, et, pour l’empêcher de retourner contre lui sa gueule cruelle, il enfonce dans les écailles de son cou ses implacables serres : ainsi Persée, traversant l’espace d’une aile rapide, fond sur le dos du monstre frémissant, et lui plonge dans le flanc droit son glaive recourbé, qui pénètre jusqu’à la garde. Le dragon, qu’irrite une large blessure, tantôt s’élève en bondissant dans les airs, tantôt se cache au sein des flots, ou se roule comme le sanglier furieux qui s’agite effraté au milieu d’une meute aboyante. Le héros se dérobe d’une aile agile à ses avides morsures, et partout où elle peut trouver passage, sur son dos hérissé d’écailles arrondies, sur ses flancs ou sur sa queue, qui se termine en dard comme celle d’un poisson, son épée, semblable à une faux, le perce de mille coups. Le monstre vomit de sa gueule les flots de la mer mêlés avec son sang, rouge comme la pourpre, et les fait rejaillir sur les ailes appesanties de Persée ; ses talonnières en sont trempées, et le héros n’osait plus s’y confier, lorsqu’il découvre un rocher dont la cime s’élève au-dessus de la mer tranquille, et disparaît sous les ondes en courroux. Il s’y soutient avec effort, et, saisissant de sa main gauche la pointe du roc qui s’avance, de l’autre il plonge et replonge le fer dans les entrailles du monstre. Le rivage retentit de cris et d’applaudissements qui montent jusqu’aux célestes demeures ; transportés de joie, Cassiope et Céphée, père d’Andromède, saluent Persée du nom de gendre, et le proclament l’appui et le sauveur de leur maison. Délivrée de ses chaînes, Andromède s’avance, Andromède, l’objet et la récompense de cette périlleuse entreprise. Persée lave dans l’onde ses mains victorieuses, et de peur que les cailloux ne blessent la tête aux cheveux de serpents, il couvre la terre d’un lit de feuilles tendres, sur lesquelles il étend des arbustes venus au fond de la mer ; c’est là qu’il dépose la tête de la fille de Phor-