Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/356

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les métamorphoses

qui l’immole. Pélate, qui naquit sur les bords du Cinyphius, veut arracher le barreau qui brille à l’autre battant ; mais sa main, percée par la lance de Coruthus, venu de la Marmarique, reste clouée au bois de la porte ; et tandis qu’elle y est retenue, Abas lui perce le flanc ; sans tomber, Pélate expire, suspendu par la main. On voit périr aussi Ménalée, qui avait pris parti pour le héros, et Dorilas, le plus riche habitant du pays de Nasamones ; personne ne possédait des champs plus vastes et n’entassait dans ses greniers d’aussi abondantes moissons. Le fer qui l’atteint obliquement s’arrête dans l’aine, où les coups sont mortels. Le Bactrien Halcyonée, qui l’a blessé, en le voyant expirer au milieu des sanglots et ses regards mourants errer de tous côtés : « L’espace que couvre ton corps, lui dit-il, est tout ce qui te reste de tes immenses domaines », et il s’éloigne d’un cadavre sans vie ; mais Persée, de ss main victorieuse, lui darde le javelot qu’il retire de la blessure fumante de Dorilas ; le fer atteint Halcyonée au milieu du visage, se fait jour à travers la tête, et la perce de part en part. Tandis que la fortune seconde son courage, Clytius et Clanis, nés de la même mère, tombent sous les coups de Persée, diversement frappés : lancée d’un bras vigoureux, une pique de frêne traverse les cuisses de Clytius ; Clanis reçoit dans la bouche un javelot qu’il mord avec rage. Persée immole Céladon de Mendès ; il immole Astrée, qui doit le jour à une mère de Syrie, et dont le père est incertain ; Ethion, qui jadis habile à lire dans l’avenir, vient d’être trompé par le vol d’un oiseau ; Thoacte, écuyer de Céphée, et Agyrtes, souillé d’un parricide.

Il reste cependant plus d’ennemis à vaincre qu’il n’y en a de vaincus : tous acharnés à un seul, des milliers de combattants l’attaquent de tous côtés, et prennent parti contre la justice et la foi jurée. Persée n’a d’autres soutiens que son beau-père et son impuissante piété, sa nouvelle épouse et sa mère, qui remplissent le palais d’affreux gémissements étouffés par le bruit des armes et par les cris des mourants. Bellone arrose de flots de sang les Pénates déjà profanes, et renouvelle sans cesse les horreurs de la mêlée. Phinée et ses mille compagnons enveloppent le héros ; plus épais que la grêle qui tombe en hiver, les traits volent autour de lui, brillent et sifflent à ses oreilles. Le dos appuyé contre le marbre d’une immense colonne, et certain de n’être plus surpris par derrière, il fait face à la foule de ses ennemis, et soutient l’effort des assaillants. À gauche, c’est Molpée de Chaonie qui l’attaque ; à droite, c’est l’Arabe Éthémon. Qu’un tigre, pressé par la faim, entende, aux extrémités d’une vallée, mugir deux troupeaux de bœufs, il ne sait de quel côté courir de préférence, et voudrait fondre sur tous les deux à la fois : tel Persée, incertain s’il doit s’élancer à droite ou à gauche, blesse Molpée à la jambe,