Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/357

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les métamorphoses

le force à reculer, et se contente de le mettre en fuite. Éthémon ne lui laisse pas le temps de poursuivre Molpée : emporté par sa fureur et brûlant de frapper le héros à la tête, il mesure si mal l’effort de son bras, que son épée se brise contre la base de la colonne. Le fer vole en éclats, et sa pointe vient se fixer dans la gorge de son maître. Cependant le coup ne pouvait lui donner la mort : Éthémon chancelle, et tend vainement ses bras désarmés : Persée lui plonge dans le sein le glaive qu’il reçut de Mercure.

Voyant enfin que son courage allait succomber sous le nombre, il s’écrie : « C’est vous-même qui m’y forcez ; eh bien ! j’emprunterai le secours d’un ennemi vaincu : détournez vos regards, ô mes amis ! si j’ai des amis en ces lieux ». Et il présente la tête de la Gorgone. « Cherche ailleurs quelqu’un qui se laisse effrayer par tes prestiges », répond Thescélus ; et, levant sa main pour lancer un trait fatal, il est changé en statue de marbre, et demeure immobile dans cette attitude. À ses côtés, Ampyx dirigeait son glaive vers la poitrine de Lyncidas, qui renferme un cœur généreux ; sa main, près de l’atteindre, durcit tout à coup, et ne peut se mouvoir en aucun sens. Nilée, qui se vantait faussement d’être fils du Nil, et qui portait sur son bouclier les sept bouches du fleuve, gravées en or et en argent, s’avance vers Persée : « Jette les yeux, dit-il, sur le berceau de ma famille ; tu emporteras dans le silencieux séjour des Ombres une grande consolation, en tombant sous les coups d’un ennemi tel que moi ». Les derniers sons de sa voix meurent inachevés ; sa bouche entr’ouverte semble vouloir parler ; mais elle n’offre plus d’issue à la parole. « C’est votre lâcheté, et non la tête de la Gorgone, qui vous glace, leur crie Éryx en fureur : accourez avec moi, et faites mordre la poussière à ce jeune audacieux, qui n’a pour armes que des enchantements ». Il voulait s’élancer, mais ses pas s’attachent à la terre : ce n’est plus qu’un immobile rocher, sous les traits d’un guerrier en armes.

Ceux-ci du moins méritaient leur châtiment ; mais un des soldats de Persée, Acontée, en combattant pour lui, regarde la Gorgone, et soudain il se transforme en rocher. Astyage le croit encore vivant et le frappe de sa longue épée, qui rend des sons aigus. Tandis qu’il s’étonne, il subit la même métamorphose : il est marbre, et la surprise reste empreinte sur son visage. Il serait trop long de nommer la foule des soldats de Phinée : deux cents avaient survécu au combat ; deux cents furent changés en pierre à l’aspect de la Gorgone. Phinée se repent enfin d’avoir allumé cette guerre injuste. Mais que faire ? il ne voit que des statues dans diverses attitudes ; il reconnaît ses compagnons, il les nomme, il les appelle, il