Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/359

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les métamorphoses

oreilles la nouvelle de cette fontaine que Pégase aux ailes rapides a fait jaillir de terre sous ses pieds vigoureux ; elle est l’objet de mon voyage : j’ai voulu voir cette merveille opérée par le coursier qui naquit sous mes yeux du sang de sa mère ». Uranie lui répond : « Quel que soit le motif qui te fait visiter nos demeures, ô déesse ! ta présence remplit nos âmes de joie ; la renommée dit vrai : c’est à Pégase que nous devons cette source ». À ces mots, elle conduit Pallas vers l’onde sacrée. La déesse admire longtemps ces eaux que le pied de Pégase a fait sortir de la terre, et, promenant ses regards autour des bois sacrés et des antiques forêts, des grottes et des prairies émaillées de fleurs, elle trouve les filles de Mnémosyne également heureuses de ce séjour et de leurs études. Une des neuf sœurs lui répond : « Ô déesse, si ton courage ne t’avait appelée à de plus hautes entreprises, tu te serais mêlée à nos chœurs. Oui, tu dis vrai, et tu loues avec justice et nos travaux et notre séjour ; notre destin serait heureux, s’il était plus tranquille. Mais est-il un asile assuré contre le crime ? Tout alarme des vierges timides ; le barbare Pyrène est sans cesse présent à mes yeux, et je n’ai pu encore recueillir mes esprits troublés. Le cruel, à la tête de ses Thraces, s’était emparé de Daulis et des champs de la Phocide, qu’il tenait injustement sous son joug. Nous nous rendions aux temples élevés sur le Parnasse ; il nous vit venir et rendit à notre divinité des hommages trompeurs : « Filles de Mnémosyne (car il nous connaissait), arrêtez-vous, dit-il ; ne craignez pas, je vous en conjure, de chercher sous mon toit un abri contre l’orage et la pluie (il pleuvait alors). Souvent les dieux ont franchi le seuil de plus modestes asiles ». Ébranlées par ses paroles, et vaincues par le temps, nous cédons à sa prière, et nous entrons dans le vestibule de son palais. La pluie avait cessé de tomber, et, vainqueur de l’Auster, l’Aquilon chassait les sombres nuées des cieux épurés par l’orage ; nous faisons un mouvement pour nous éloigner : Pyrène ferme les portes et se dispose à la violence, nous l’évitons en nous élevant sur des ailes ; il monte, comme pour nous suivre, au sommet d’une tour : « Quelle que soit votre route, dit-il, elle sera la mienne », et, dans son aveugle transport, il s’élance du faite de la tour, tombe la tête la première, et se brise le front contre la terre, qu’il arrose en mourant de son sang odieux ».

La Muse parlait encore lorsque des ailes s’agitent avec bruit dans les airs ; et, du haut des arbres, une voix semble saluer Minerve. La fille de Jupiter lève les yeux, et cherche d’où partent des sons si bien articulés ; elle croit qu’une voix humaine a frappé son oreille : c’était celle d’un oiseau ; c’était celle des pies qui, au nombre de neuf, déploraient leur destinée, et, perchées sur les arbres, imitaient le langage des humains. Minerve s’étonne, et la Muse reprend : « C’est depuis que, vaincues,