Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/358

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les métamorphoses

invoque leur secours. Ne pouvant en croire ses yeux, il touche ceux qui sont près de lui, et sa main ne touche que du marbre. Alors il détourne la tête, et, d’un air suppliant, il élève obliquement ses mains et ses bras en signe de défaite. « Tu triomphes, dit-il, ô Persée ! éloigne ce monstre terrible ; écarte cette tête de Méduse qui enfante des rochers ; écarte-la, je t’en conjure : ce n’est ni la haine, ni la soif de régner qui m’ont poussé à cette guerre ; j’ai combattu pour une épouse : tes droits se fondent sur tes services, et les miens sur le temps : je me repens de ne pas t’avoir cédé. Intrépide Persée, je ne demande que la vie ; laisse-la-moi : tout le reste t’appartient ». Il dit, et n’ose lever les yeux sur celui que sa voix implore. « Timide Phinée, répond le héros, je puis t’accorder une faveur d’un grand prix pour les lâches ; cette faveur, rassure-toi, tu l’obtiendras : tu seras invulnérable aux atteintes du fer. Je ferai plus : tu seras un monument éternel de ma clémence. On te verra toujours dans le palais de mon beau-père, et l’image de celui qui lui fut destiné sera pour mon épouse une consolation ». À ces mots, il présente la tête de la fille de Phorcus, du côté vers lequel Phinée détournait ses regards effrayés. C’est en vain que ses yeux veulent encore l’éviter, sa tête se roidit ; ses yeux sont du marbre, ses larmes du cristal. Son visage respire la crainte ; sous la pierre, son air est humble, sa main suppliante, et son front marqué du sceau des remords.

Après sa victoire, le petit-fils d’Abas rentre avec sa compagne dans les murs d’Argus, sa patrie. Pour venger son aïeul, si peu digne de ses bienfaits, il attaque Prétus, qui prit les armes contre son frère, le mit en fuite et s’empara d’Acrisium. Mais ni la force de ses armes, ni la citadelle dont il s’était rendu maître par une trahison, ne peuvent le faire triompher de l’aspect terrible du monstre hérissé de serpents. Et toi qui règnes sur l’étroite Sériphe, ô Polydecte, ni la valeur du jeune héros, éprouvée par tant d’exploits, ni ses revers ne peuvent te désarmer ; dans ton cœur inflexible, tu nourris une haine mortelle, car les haines injustes n’ont pas de terme ; tu rabaisses même sa gloire, et tu traites d’imposture la mort de Méduse. « Je vais te donner une preuve de la vérité, dit Persée : amis ! détournez les yeux ». Il élève la tête de Méduse, et le roi de Sériphe n’est plus qu’un rocher inanimé.

Pallas avait jusqu’alors accompagné son frère, né d’une pluie d’or ; mais, enveloppée d’un profond nuage, elle quitte Sériphe, laissant à sa droite et Cythne et Gyare ; elle suit au dessus des flots le chemin qui lui parait le plus court, et se dirige vers Thèbes et vers l’Hélicon, séjour des chastes Muses. Elle s’arrête sur ce mont, et tient ce langage aux doctes sœurs : « La Renommée a porté jusqu’à mes