Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/375

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les métamorphoses

le dernier soupir. Alphénor, qui les voit, accourt en se meurtrissant la poitrine, pour recevoir dans ses bras leurs corps déjà glacés ; il expire en accomplissant ce pieux devoir : le dieu de Délos lui plonge un trait mortel au fond du cœur ; le fer qu’il en retire aussitôt e-traîne avec sa pointe une partie du poumon, et son âme s’échappe dans les airs avec les flots de son sang. Damasichton à la chevelure virginale ne meurt pas d’une seule blessure ; atteint à l’endroit où la jambe commence et s’unit aux nœuds souples du jarret nerveux, sa main essaie d’arracher le trait fatal, un autre le frappe à la gorge, y pénètre tout entier, et sort repoussé par le sang, qui jaillit avec force, et s’ouvre au loin un passage dans l’air. Le dernier de tous, Ilionée, dont les prières devaient rester impuissantes, élève ses bras au ciel : « Ô dieux ! je vous implore tous ! s’écrie-t-il, ignorant qu’il n’était pas besoin de les implorer tous ; épargnez-moi ! » Le dieu qui porte l’arc fut touché de sa prière ; mais le trait ne pouvait plus être arrêté ; toutefois, la blessure qui lui ravit le jour fut légère, et la flèche ne fit qu’effleurer le cœur d’Ilionée. Avertie de son malheur par la renommée, par la douleur du peuple et les larmes de ses amis, Niobé ne saurait douter d’une si soudaine catastrophe ; mais elle s’étonne que les dieux aient pu l’accomplir ; elle s’indigne qu’ils aient eu contre elle tant d’audace et tant de puissance ; Amphion lui-même, en se plongeant un poignard dans le sein, venait de finir en même temps ses douleurs et sa vie. Oh ! qu’en ce moment elle était différente de cette Niobé qui naguère éloignait le peuple des autels de Latone, et s’avançait d’un pas superbe au milieu de Thèbes : alors elle faisait envie à ses amis, et maintenant, objet de pitié, même pour ses ennemis, elle se jette sur les restes glacés de ses fils, et sa bouche égarée leur distribue ses derniers baisers. Elle en détache ses bras livides, et les élevant au ciel : « Repais-toi de ma douleur, ô cruelle Latone ! s’écrie-t-elle ; repais-toi de mes larmes, assouvis ton cœur impitoyable ; je meurs sept fois : triomphe, implacable ennemie ! applaudis-toi de cette victoire ! Mais où donc est cette victoire ? Dans mon malheur je suis encore plus riche que toi dans ta prospérité : après tant de funérailles, je l’emporte encore ! » Elle parle, et déjà la corde a résonné sur l’arc qui se tend avec force ; à ce bruit, tous frissonnent d’effroi ; Niobé seule n’est point émue : son audace grandit avec ses malheurs. En habit de deuil et les cheveux épars, ses filles étaient debout, rangées autour des lits funèbres de leurs frères. L’une d’elles veut retirer le trait plongé dans ses entrailles, elle tombe sur son frère, et meurt en l’embrassant ; une autre s’efforçait de consoler sa mère infortunée, elle perd tout à coup la voix, et ses membres plient sous les coups d’une main invisible ; elle ne ferme la