Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/379

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les métamorphoses

ses richesses, le nombre de ses sujets, l’éclat de son origine, qui le faisait sortir du noble sang de Gradivus, tout porta Pandion à lui donner la main de Procné. Mais Junon, qui préside au mariage, l’Hyménée et les Grâces ne s’approchèrent pas de leur couche. Pour l’éclairer, les Euménides allumèrent leurs torches aux flammes d’un bûcher ; les Euménides préparèrent le lit nuptial, où vint se reposer un hibou profane, qui s’était abattu sur leur toit. C’est sous ces auspices que s’unirent Procné et Térée ; c’est sous ces auspices qu’ils donnèrent la vie à un enfant. Cependant la Thrace les entoure d’hommages ; elle rend grâces aux Dieux, et veut que le jour où la fille de l’illustre Pandion devint l’épouse de son roi, et celui où Itys vint au monde, soient consacrés par des fêtes solennelles : tant l’homme est aveuglé sur ses véritables intérêts ! Déjà le soleil, au terme de sa révolution, avait cinq fois ramené l’automne, lorsque Procné, mêlant aux discours les caresses, dit à son époux : « Si j’ai quelque empire sur toi, souffre que j’aille voir ma sœur, ou qu’elle vienne elle-même en ces lieux ; tu promettras à mon père son prompt retour auprès de lui : le bonheur de la voir est la plus grande faveur que je puisse recevoir de toi ». Térée fait lancer les vaisseaux à la mer ; secondé par la rame et les voiles, il touche au port d’Athènes, et pénètre dans le Pirée. Arrivé auprès de son beau-père, ils unissent leurs mains, et l’entretien commence sous d’heureux auspices. Térée expose d’abord le motif de son voyage et le vœu de son épouse ; il s’engage à ramener promptement Philomèle : en ce moment elle parait, riche de brillants atours, plus riche encore de sa beauté. Telles on peint les Naïades et les Dryades, quand elles se montrent au milieu des forêts, si toutefois on leur suppose ce luxe d’ornements et de parure. À la vue de la jeune fille, Térée s’enflamme, comme les blancs épis à l’approche du feu, ou comme s’embrasent les feuilles, l’herbe desséchée et la paille légère. La beauté de Philomèle suffisait pour séduire ; mais Térée trouve dans son naturel un nouvel aiguillon à son amour ; le cœur des Thraces est si prompt à ressentir les ardeurs de Vénus ! Il brûle de ses feux et des feux du climat qui l’a vu naître. Dans ses désirs impétueux, il ne pense qu’à corrompre les vigilantes compagnes de Philomèle et sa fidèle nourrice ; il veut la tenter elle-même par de riches présents, il veut l’acheter, s’il le faut, au prix de son royaume, l’enlever et soutenir son rapt par la force des armes. Il n’est rien que n’ose son amour effréné, et son cœur ne peut plus contenir la flamme qui le dévore. Dejà tout délai l’importune, il revient avec une ardeur empressée aux vœux de Procné ; les désirs de Procné servent de voile à ses propres désirs. L’amour le rend éloquent ; ses instances sont-elles trop vives, c’est Procné qui l’exige ; il a même