Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/405

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les métamorphoses

chassé la nuit : je sors, je cours dans les forêts, et, me reposant, sur le gazon, d’une chasse victorieuse : « Aura, m’écriai-je, viens soulager mes fatigues » ; et soudain je crois entendre je ne sais quels gémissements se mêler à ma voix. Je poursuis : « Viens, ô toi qui m’es si chère ». Au bruit léger que fait encore la feuille desséchée, je ne doute plus que ce ne soit une proie, et je lance mon javelot rapide ; c’était Procris. Blessée au milieu de la poitrine, « Je suis morte », s’écrie-t-elle. À peine ai-je reconnu la voix d’une épouse fidèle, éperdu, j’accours à ses cris : je la trouve presque inanimée, ses vêtements en désordre et souillés de sang ; je la vois, ô comble du malheur ! retirant de sa blessure le dard qu’elle m’avait donné. Je soulève dans mes bras criminels ce corps qui m’est plus cher que le mien ; avec un lambeau du tissu qui couvre son sein, je ferme sa cruelle blessure, et je m’efforce d’arrêter son sang ; je la conjure de ne pas me laisser fiétrir du crime de sa mort. Déjà ses forces l’abandonnent, et, mourante, elle fait un dernier effort pour m’adresser ce peu de mots : « Au nom des droits sacrés de l’hymen, au nom des droits du ciel et de ceux qui m’attendent, je t’en supplie, au nom de ta tendresse, si je l’ai méritée, au nom de cet amour qui cause mon trépas et qui vit encore au moment où j’expire, ne permets pas qu’Aura me remplace, à titre d’épouse, dans ma couche nuptiale ». À ces mots, je sens, j’apprends enfin qu’un nom seul a causé son erreur ; mais que me sert de l’apprendre ? Elle succombe, et ses forces épuisées se perdent avec son sang ; tant que ses yeux peuvent s’ouvrir, ils se fixent sur moi ; pressée contre mon sein, elle exhale sur mes lèvres son âme infortunée : mais sûre de ma fidélité, elle semble expirer avec moins de regret ».

Le héros pleurait en contant ses malheurs, et ceux qui l’écoutaient versaient aussi des larmes. Cependant Éaque entre, suivi de ses deux autres fils et de nouveaux soldats couverts d’armes véritables : Céphale reçoit ces guerriers.