Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/406

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LIVRE HUITIÈME

ARGUMENT. — Métamorphose de Nisus en aigle de mer, et de Scylla, sa fille, en alouette. - II. La couronne d’Ariane placée parmi les astres. - III. Dédale s’envole sur des ailes; Icare, volant auprès de son père, est submergé; métamorphose de Perdix. - IV. Méléagre tue le sanglier de Calydon: Althée, mère du héros, accélère sa mort. - V. Naïades changées en êtres appelés Échinades. - VI. Philémon et Baucis. - VII. Protée et Métra; impiété et châtiment d’Érisichthon.


L’étoile du matin rouvre les portes de l’Orient et met la nuit en fuite ; l’Eurus tombe, d’humides nuages s’élèvent, et poussés heureusement par la douce haleine des vents du midi, Céphale et les soldats d’Éaque touchent au port désiré plus tôt qu’ils ne l’espéraient. Cependant Minos ravage les champs lélégéens, et fait l’essai de ses forces devant la ville d’Alcatho&uul ; s, que Nisus tient sous sa puissance. Sur la tête vénérable de ce roi, au milieu de sa blanche chevelure, brillait de l’éclat de la pourpre un cheveu duquel dépendait le salut de son empire. Pour la sixième fois le croissant de Phébé renaissait à l’orient ; la fortune de la guerre flottait encore, et la victoire volait d’une aile incertaine entre les deux partis. Il y avait une tour, ouvrage d’un roi, qui se liait à des remparts sonores ; la tradition rapporte que le fils de Latone avait déposé sur ces murs sa lyre d’or, et la pierre en avait retenu les sons. La fille de Nisus aimait à monter sur cette tour pendant la paix, et à faire résonner les murs par le choc d’un léger caillou ; dans ce temps de guerre, elle y montait encore pour contempler les sanglants exercices de Mars. Déjà les longueurs de la guerre lui ont appris à connaître les noms des chefs, leurs armes, leurs coursiers, leur démarche et les carquois des Cydonéens. Elle remarquait entre tous le visage du fils d’Europe, et ses yeux le cherchaient avec trop d’intérêt peut-être. Minos cachait-il son front sous un casque surmonté d’une aigrette flottante, elle le trouvait d’une rare beauté sous ce casque ; s’armait-il de son bouclier étincelant, que de grâce, à ses yeux, dans la main qui saisissait ce bouclier ! si, ramenant son bras sur sa tête, il lançait un javelot flexible, elle exaltait l’adresse unie à la vigueur ; s’il tendait un arc armé de flèches, elle croyait voir Apollon s’apprêtant à lancer ses traits ; mais lorsque, déposant son casque, et le front découvert, un manteau de pourpre sur les épaules, il pres-