Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/410

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en retrouver l’issue, tant le labyrinthe présente de perfides détours ! Ce fut la prison du Minotaure, monstrueux assemblage des formes du taureau et des formes humaines. Déjà deux fois il s’était abreuvé du sang Athénien, et le sort venait de lui envoyer une troisième fois le tribut imposé pour neuf ans, lorsqu’il trouva son vainqueur au milieu de ses victimes. Aussitôt que, par le secours d’une jeune fille, et guidé par un fil, le fils d’Égée a découvert l’issue si difficile à retrouver, et qui jamais, avant lui, n’avait été franchie une seconde fois, il ravit la fille de Minos et fait voile vers Naxos. Le cruel abandonne sa compagne sur ce rivage ; mais dans son abandon et dans son désespoir Bacchus fut à la fois son consolateur et son amant ; et pour qu’elle brillât d’un éclat immortel au milieu des astres, le dieu détacha de son front sa couronne et l’envoya au ciel. Le diadème s’élève à travers les airs, et dans son vol les pierreries dont il est parsemé se transforment soudain en étoiles, qui se fixent à la voûte des cieux, et conservent toujours la forme d’une couronne ; sa place est entre la constellation d’Hercule à genoux, et celle du Serpent.

Dédale cependant, las de subir, sur une terre odieuse, les ennuis d’un long exil cède à l’amour du sol natal ; mais la mer l’emprisonne. « Minos peut bien, dit-il, me fermer et la terre et les eaux, mais le ciel m’est ouvert ; le ciel sera ma route ; Minos est le maître de la terre, mais il n’est point le maître des airs ». Alors son génie s’applique à inventer un art inconnu, et soumet la nature à de nouvelles lois. Il dispose des plumes avec ordre, en prenant d’abord la plus petite ; chacune d’elles est moins longue que celle qui la suit, et toutes s’élèvent par une gradation insensible. Ainsi, jadis, croissaient par degrés inégaux les tubes de la flûte champêtre. Dédale attache ces plumes, au milieu, avec du lin, à leur extrémité avec de la cire ; il leur imprime ensuite une légère courbure, afin de mieux imiter l’aile des oiseaux. Le jeune Icare était debout auprès de lui ; ignorant que ses mains jouaient avec ses propres dangers, il prenait en souriant les plumes qu’enlevait la brise vagabonde. Tantôt il amollissait la cire entre ses doigts, et retardait par ses jeux le travail merveilleux de son père. Après avoir mis la dernière main à son œuvre, l’industrieux artiste se place en équilibre sur ses deux ailes et vogue suspendu dans les airs. Il donne alors des leçons à son fils. « Icare, dit-il, prends le milieu des airs et crois mes avis ; car si ton vol s’abaisse, l’onde appesantira tes ailes ; s’il s’élève trop haut, le feu les brûlera. Vole entre ces deux écueils ; crains surtout de regarder le Bouvier, ou l’Hélice, ou le glaive nu d’Orion. Prends ton vol en suivant le mien ». Il lui enseigne ensuite à voler et attache ses ailes à ses épaules qui n’en savent pas encore l’usage. Pendant qu’il lui prodiguait ses soins et ses