Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/411

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les métamorphoses

conseils, les joues du vieillard se mouillèrent de larmes, et ses mains tremblèrent. Il donne à son fils des baisers qui devaient être les derniers, et soutenu par ses ailes, il vole en avant ; tremblant pour son compagnon, comme l’oiseau qui guide dans les airs le vol novice de sa jeune famille, sortie pour la première fois de son nid aérien. Il l’encourage à le suivre, lui enseigne son art périlleux, et agitant ses propres ailes, il tient ses regards attachés sur celles de son fils. Le pêcheur, dont le tremblant roseau présente aux poissons une trompeuse amorce, le pâtre et le laboureur appuyés, l’un sur son bâton, l’autre sur sa charrue, les aperçoivent, et, frappés d’étonnement à la vue de ces voyageurs ailés, les prennent pour des dieux. Déjà ils avaient laissé à gauche Délos, Paros, et Samos, si chère à Junon ; à droite ils voyaient Lébynthos et Calymne, si fertile en miel. Le jeune Icare, se laissant emporter au plaisir d’un vol audacieux et au désir de s’approcher du ciel, abandonne son guide et porte plus haut son essor. Les rayons trop voisins du soleil amollissent la cire parfumée et fondent les liens de ses ailes. Il agite ses bras dépouillés, et privé de ses plumes qui le soutenaient comme des rames, il frappe en vain les airs où il n’a plus de prise ; sa bouche répète le nom de son père, et il tombe au fond des mers auxquelles il a donné son nom. Cependant son père infortuné, (hélas ! il n’est déjà plus père !) s’écrie : « Icare, Icare, où es-tu ? où te trouver, Icare ? » s’écriait-il encore quand il aperçut ses plumes flottantes sur les ondes. Alors il maudit son art, et renferme dans un tombeau le corps de son fils : la terre qui reçut ses restes a conservé son nom.

Pendant qu’il ensevelissait la dépouille de son malheureux fils, cachée sous les branches touffues de l’yeuse et témoin de sa douleur, la perdrix, au babil indiscret, y applaudit par le battement de ses ailes, et témoigne sa joie par des chants. Seul, d’une espèce inconnue dans les premiers âges, cet oiseau récemment créé te reproche incessamment ton crime, ô Dédale ! Ta sœur, ignorant les arrêts du destin, t’avait confié l’instruction de son fils, lorsque, âgé de douze ans, il fut capable de recevoir tes leçons. Cet enfant prenant pour modèle les dards qu’il remarquait sur le dos des poissons, tailla dans le fer une série de dents acérées, et devint l’inventeur de la scie. Le premier aussi il unit l’une à l’autre par un lien commun deux branches d’acier, de sorte que, toujours séparées par la même distance, l’une reste immobile, et l’autre décrit un cercle. Jaloux de son élève, Dédale le précipite du haut de la citadelle consacrée à Minerve, et accuse le hasard de sa chute. Mais Pallas, protectrice du génie, soutint l’enfant, le changea en oiseau, et le couvrit de plumes au milieu des airs. La force et la rapidité de son génie ont passé dans ses pieds et dans ses ailes, et son premier nom lui est resté. Cet oiseau craint pourtant