Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/415

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les métamorphoses

hache en main, l’Arcadien, qu’entraîne à sa perte une audace insensée : « Compagnons, s’écrie-t-il, faites-moi place, et voyez combien le bras d’un homme est supérieur en force à celui d’une femme. Diane peut couvrir le monstre de ses propres armes ; malgré Diane elle-même, il tombera sous mes coups ». À ces mots, prononcés d’un ton fier et hautain, élevant des deux mains sa hache au-dessus de sa tête, il se dresse, prêt à frapper, sur la pointe de ses pieds, quand tout à coup, prévenant son attaque téméraire, et le perçant à l’endroit où la mort est si près de la blessure, le monstre lui plonge dans le flanc sa double défense. Ancée tombe et ses entrailles se répandent avec des flots de son sang ; la terre en est toute baignée. Contre cet ennemi terrible, le fils d’Ixion, Pirithoüs, s’avance brandissant un épieu d’un bras intrépide. « Arrête, s’écrie Thésée, ô toi que j’aime plus que moi-même ; arrête, ô la plus chère moitié de mon âme ! la prudence est ici permise au courage ; Ancée a péri victime d’une téméraire ardeur ». Il dit et pousse au monstre un javelot d’airain ; lancé d’une main sûre, le trait lui promettait le trépas du sanglier, mais il s’arrête et s’amortit contre la branche touffue d’un néflier. Le fils d’Éson dirige aussi son dard contre le monstre ; mais, par un jeu cruel du hasard, le trait va percer un limier aboyant, traverse ses entrailles, et tout sanglant s’enfonce dans la terre. Les coups de Méléagre ont un sort bien différent : des deux javelots qu’il a lancés, l’un va se planter dans le sol, l’autre dans le dos de l’animal. Tandis qu’il fait éclater sa rage et se roule avec d’affreux rugissements, mêlant des flots d’écume au nouveau sang qu’il perd, celui qui l’a blessé redouble ses coups, met le comble à sa fureur, et lui plonge son épée dans les flancs. Les compagnons de Méléagre font retentir les airs de mille cris de joie. Tous veulent presser dans leurs mains cette main victorieuse : étonnés à l’aspect de ce monstre, qui, couché sur la terre, occupe un large espace, ils attachent sur lui leurs regards ; ils trouvent encore du péril à le toucher, et cependant tous veulent tremper leurs javelots dans son sang. Le vainqueur posant alors le pied sur cette tête dont les coups ont donné tant de fois la mort : « Recevez, dit-il, ô vierge d’Arcadie, cette dépouille qui m’appartient, et partagez avec moi l’honneur de la victoire ». À ces mots, il lui présente la peau du sanglier, hérissée d’horribles soies, et sa hure armée d’énormes défenses.

Atalante est doublement heureuse de recevoir le don, et de le recevoir de Méléagre. Mais du milieu des combattants s’élève un murmure jaloux. Les deux fils de Thestius surtout éclatent en menaces violentes et hautaines : « Non, non, s’écrient-ils, une femme n’usurpera pas un honneur qui n’est dû qu’à nous seuls : que ton orgueil ne s’abuse pas sur les droits de ta beauté, et crains qu’on ne te sépare d’un amant