Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/434

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entrelacés, elle prolonge mes maux, et les magiques paroles que sa bouche murmure diffèrent ma délivrance, qui commençait à peine. Je m’épuise en efforts ; dans mon désespoir, j’accuse vainement l’ingratitude de Jupiter, et j’appelle la mort. Mes plaintes auraient ému les plus durs rochers : les dames thébaines, rangées autour de moi, adressent des vœux au ciel et m’encouragent contre la douleur. Une de mes esclaves, née dans une condition obscure, la blonde Galanthis, que son zèle à exécuter mes volontés et ses soins officieux me rendaient chère, soupçonne quelque trame ourdie par l’inimitié de Junon ; tandis qu’elle va et vient aux portes du palais, elle voit la déesse assise sur l’autel, et entrelaçant toujours ses doigts sur ses genoux croisés. « Qui que tu sois, dit-elle, félicite ma maîtresse ; Alcmène est délivrée, elle est mère, et tous ses vœux sont remplis ». La déesse qui préside aux accouchements tressaille de surprise, et relâchant ses mains qu’elle joignait ensemble, elle relâche aussi mes liens et finit mes tourments. Fière d’avoir trompé la déesse, Galanthis éclata de rire, dit-on ; elle riait encore, quand Lucine en courroux la saisit et la traîne par les cheveux ; tandis qu’elle cherche à se relever, Lucine l’en empêche, et change ses bras en deux pieds. Galanthis conserve son ancienne agilité ; elle n’a point perdu sa couleur primitive : sa forme seule est différente ; et parce que sa bouche avait facilité un enfantement par le mensonge, elle n’enfante que par la bouche, et comme autrefois, elle fréquente nos demeures.

À ces mots, Alcmène soupire, émue au souvenir de son ancienne esclave, et sa bru la console en ces termes : « Ô ma mère, la métamorphose d’une esclave qui n’était pas de votre sang excite à ce point à vos regrets ; que serait-ce si je vous racontais l’étonnante destinée de ma sœur ? Mais les larmes et la douleur étouffent ma voix et troublent mon récit. Fille unique de sa mère (j’étais le fruit d’un premier hymen de mon père) Dryope fut la beauté la plus célèbre d’Œchalie. La violence du dieu qui règne à Delphes et à Délos avait déjà triomphé de sa virginité, lorsqu’Andrémon la prit pour femme ; on l’appelait l’heureux époux de Dryope. Il est un lac dont les bords inclinés comme le rivage de la mer sont couronnés de myrthes. C’est là que vint un jour Dryope, ignorant l’aventure dont ce lac avait été le témoin, et, ce qui accuse le plus l’injustice de son sort, elle venait offrir des guirlandes de fleurs aux nymphes de ces lieux ; elle portait sur son sein, doux fardeau pour une mère, un enfant qui n’avait pas encore atteint sa première année, et qu’elle nourrissait de son lait tiède et abondant. Non loin du lac, s’élève l’aquatique lotos dont les fleurs imitant la pourpre tyrienne promettent une ample moisson de fruits. Dryope en cueille plusieurs qui, dans les mains de son fils, serviront à ses jeux. À son exemple j’allais en cueillir un ; j’étais avec elle, quand je vois des