Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/471

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les métamorphoses

flamme. Il fond sur les taureaux, poussé par la faim, mais surtout par la rage ; car il ne cherche pas à se rassasier de la chair de ses victimes : il veut tout égorger. Nous volons à sa rencontre ; mais plusieurs d’entre nous trouvent la mort sous ses cruelles morsures ; le rivage, les vagues, le marais sont teints de sang : d’affreux mugissements retentissent. Mais tout retard est fatal ; il n’y a pas à hésiter : tandis qu’il reste encore quelque chose à sauver, armons-nous et courons ».

Le pâtre avait dit. Pélée semble peu touché de ce désastre : il se rappelle son crime, et comprend que la Néréide fait ces offrandes aux mânes de Phocus. Cependant le roi de Trachine fait armer ses guerriers, leur ordonne de prendre leurs javelots et s’apprête à marcher à leur tête. Mais son épouse Alcyone, avertie par le bruit, s’élance les cheveux en désordre, et jetant ses bras autour du cou de Céyx, le supplie avec larmes d’envoyer des soldats sans les guider lui-même, et de conserver deux vies en conservant la sienne. Alors, le fils d’Éaque : « Reine, dit-il, quittez ces tendres et touchantes terreurs. Cette offre me suffit et j’en suis plein de reconnaissance. Mais mon dessein n’est pas d’employer les armes contre ce nouveau prodige, je veux adorer les divinités de la mer ».

Près de là s’élève une tour dont le sommet est surmonté d’un fanal, astre aimé des matelots fatigués. Ils y montent, ils aperçoivent en gémissant les taureaux étendus sur le rivage, et le monstre, la gueule béante, et ses longs poils souillés de sang. Pélée, les mains étendues vers la mer, supplie Psamathe d’apaiser sa colère, et de lui porter secours. Ces prières ne peuvent toucher la Néréide. Thétis, suppliante, obtient le pardon pour son époux. Le monstre cependant infatigable dans le carnage, s’élançait, rendu plus acharné par le goût du sang : il mord le cou d’une génisse ; tout à coup il est changé en marbre. Son corps a conservé sa forme, mais non sa couleur : la blancheur du marbre témoigne qu’il ne vit plus et qu’il n’est plus à craindre.

Les destins ne permettent pas encore à Pélée de s’arrêter en ces lieux ; toujours fugitif, il arrive au pays des Magnètes, et là, le Thessalien Acaste le purifie de son crime.

Cependant, troublé du sort de son frère et de ce nouveau prodige, Céyx, cédant à un penchant commun à tous les mortels, veut consulter le sort, et s’apprête à visiter l’oracle de Claros ; car l’impie Phorbas, avec ses Phlégyens, ferme aux voyageurs l’accès du temple de Delphes. Il fait part de son projet à la fidèle Alcyone ; elle pâlit ; un froid mortel court dans