Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/470

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sert d’avoir un père illustre et Jupiter pour aïeul ? Hélas ! la gloire elle-même n’est-elle pas fatale à plusieurs ? Ne le fut-elle pas à Chione ? Elle osa se préférer à Diane et mépriser la beauté de la déesse. Diane irritée : « Peut-être, s’écrie-t-elle, ne mépriseras-tu pas mes flèches ». Aussitôt elle courbe son arc, tend la corde, et une flèche va traverser la langue de la criminelle Chione. Elle veut parler ; sa langue est impuissante ; elle perd tout à la fois et son sang et sa vie. Je la serre dans mes bras, touché de douleur comme un père ; j’adresse à mon frère des paroles de consolation, mais il ne les entend pas plus qu’un rocher n’entend les vains murmures des flots. Il ne cesse de pleurer la perte de sa fille, et quand il la voit sur le bûcher, quatre fois il veut s’élancer dans les flammes ; quatre fois retenu, il s’enfuit, et comme un taureau qui porte dans sa tête l’aiguillon du taon qui l’a percé, il court par des chemins inaccessibles ; il semble courir plus vite qu’un homme, ou plutôt il semble voler ; il a devancé tous ceux qui le poursuivent. Avide du trépas, il s’élance sur les sommets du Parnasse, et se précipite du haut d’un rocher ; mais Apollon, touché de pitié, le change en oiseau et le soutient, dans sa chute, par des ailes nouvelles ; il l’arme d’un bec crochu, d’ongles recourbés, lui laisse son ancienne vertu et lui donne des forces plus grandes que son corps. Maintenant c’est un épervier, oiseau cruel, qui porte le carnage parmi les oiseaux et fait souffrir aux autres la douleur qu’il ressent ».

Tandis que le fils de Lucifer raconte ces prodiges, on voit accourir, tout haletant, le Phocéen Anétor, gardien des troupeaux du fils d’Éaque. « Pélée, s’écrie-t-il, Pélée, je viens t’apprendre un horrible désastre. — Parle, dit Pélée, quelle que soit la nouvelle que tu m’apportes. Cependant il est saisi d’inquiétude, et Céyx lui-même écoute en frémissant. Le pâtre parle en ces termes : « J’avais conduit sur le rivage les troupeaux fatigués ; le soleil était au milieu de sa course. Une partie des taureaux avait plié le genou sur la jaune arène et reposait, les yeux fixés sur la vaste plaine des mers ; l’autre à pas lents errait çà et là sur la plage ; quelques-uns nageaient, et on voyait leur tête s’élever au-dessus des flots. Près de la mer est un temple. Ni l’or ni le marbre ne l’enrichissent : il est formé de poutres grossières, et un bois antique lui prête son ombrage. Un pécheur, qui séchait ses filets sur le rivage, nous apprit que ce temple était consacré à Nérée et aux Néréides. Tout auprès est un marais, formé par l’eau stagnante de la mer, et couvert d’une forêt de saules pressés. C’est de là qu’avec un bruit terrible, un loup énorme s’élance ; sa gueule est remplie d’écume mêlée d’un sang épais ; ses yeux rouges lancent la