Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/477

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les métamorphoses

époux l’ombre de ton époux. Ô Alcyone, tes vœux m’ont été inutiles : je ne suis plus ; cesse de te promettre un retour impossible. Au milieu de la mer Egée, l’orageux Auster a battu mon navire et l’a fracassé de son souffle terrible, et ma voix, ma voix qui répétait en vain ton nom, les flots l’ont étouffée. Apprends le malheur de ton époux, non par un messager infidèle, non par des bruits incertains, mais par la bouche de ton époux lui-même qui vient te raconter ses destins. Lève-toi, donne-moi des larmes et revêts des habits de deuil. Ne fais pas que je descende aux abîmes du Tartare sans avoir été pleuré ».

Morphée dit, et, pour mieux tromper Alcyone, il a pris la voix de son époux : il semble répandre de véritables larmes, et son geste est celui de Céyx. Alcyone gémit, elle pleure, étend ses bras dans son sommeil, veut embrasser son époux et n’embrasse que le vide : « Où fuis-tu ? s’écrie-t-elle. Demeure, ou je te suis ». Et, troublée par cette image, par sa propre voix, elle s’éveille. Ses serviteurs, accourus à ses cris, avaient apporté des flambeaux ; elle cherche tout autour d’elle si ce qu’elle vient de voir n’y est plus. L’ombre a disparu. Alors, elle frappe son visage avec ses mains, elle déchire les voiles qui couvrent son sein, elle meurtrit son sein lui-même, elle arrache ses cheveux. Sa nourrice lui demande quelle est cette douleur : « Il n’est plus d’Alcyone, s’écrie-t-elle : Céyx est mort, et Alcyone avec lui ; gardez vos consolations, Céyx est mort dans un naufrage ; je l’ai vu, je l’ai reconnu ; il fuyait, j’ai tendu mes mains vers lui pour le retenir : c’était une ombre, mais une ombre réelle, l’ombre de mon époux. Ses traits ne brillaient pas de leur éclat accoutumé ; mais pâle, nu, les cheveux humides, je l’ai vu, malheureuse que je suis ! à cette même place ; (et elle cherche s’il a laissé quelque vestige). Ah ! c’était là, c’était bien ce que prévoyait mon âme, lorsque je te suppliais de ne pas fuir ton Alcyone, de ne pas te confier aux vents. Puisque tu allais à la mort, pourquoi ne m’as-tu pas emmenée avec toi ? Je devais, oui, je devais te suivre. Ainsi, il n’y aurait pas eu une heure de ma vie que je n’eusse passée avec toi, et nous ne serions pas morts séparés l’un de l’autre. Maintenant, loin de toi, je suis morte avec toi ; absente, les flots se jouent de mon cadavre et l’onde m’engloutit sans me posséder. Ah ! que mon âme soit plus cruelle encore que la mort, si je cherche à prolonger ma vie, si j’essaie de survivre à une telle douleur. Non, je n’y survivrai pas : non, je ne t’abandonnerai pas, cher et malheureux époux. Maintenant du moins je vais te suivre, et, dans notre commun tombeau, si nos urnes, si nos