Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/487

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les métamorphoses

multe, Aphidas était étendu immobile, et dormait d’un paisible sommeil ; sa main languissante tenait encore une coupe pleine, et ses membres reposaient sur la dépouille velue d’une ourse de l’Ossa. De loin Phorbas l’aperçoit, et bien que l’infortuné ne prenne aucune part au combat, agitant son javelot dans ses mains : « Il faut, dit-il, mêler aux eaux du Styx le vin dont tu t’es rempli. Phorbas, le surprenant dans l’abandon du sommeil, pousse contre lui son javelot : le fer s’enfonce dans le cou de la victime. Aphidas ne se sent pas mourir ; de sa gorge coule un sang noir, qui remplit et son lit et sa coupe. Mes yeux ont vu Pétréus essayant d’arracher de terre un chêne antique tout chargé de ses glands ; mais tandis qu’il l’embrasse, qu’il le secoue, qu’il l’ébranle, la lance de Pirithoüs vient le frapper dans les côtes, et cloue sa poitrine à l’arbre qu’elle étreignait.

» On dit que Lycus, que Chromis, tombèrent sous les coups de Pirithoüs ; mais leur vainqueur retira de leur trépas moins de gloire que de celui de Dictys et d’Hélops : sa lance traverse les tempes d’Hélops ; elle frappe à droite et ressort par l’oreille gauche. Dictys tremblant fuyait, en descendant du haut d’une montagne, la fureur du fils d’Ixion ; il glisse, il tombe précipité, du poids de son corps brise un orme immense, et ses entrailles en couvrent les débris. Apharéus veut le venger : il arrache du mont un rocher, veut le lancer ; mais le fils d’Égée l’a prévenu : il lui jette le tronc d’un chêne, et lui fracasse les os du coude ; puis il abandonne, sans lui donner la mort, son ennemi hors de combat. Thésée s’élance sur la croupe de l’immense Bianor, lequel n’a jamais porté que lui-même ; il presse de son genou les flancs du Centaure, de sa main gauche saisit ses cheveux, et, de sa massue, brise les durs os de son crâne et son front menaçant. Il renverse encore et Médymnus et Lycotas, adroit à lancer le javelot, et Hippasus, dont la barbe descend à longs flots sur sa poitrine, et Riphée, qui surpasse en hauteur les arbres des forêts, et Térée, qui, sur les monts de Thessalie, prenait, vivants, des ours qu’il rapportait tout grondants dans son antre.

» Cependant, Démoléon s’indigne des exploits multipliés du héros : il s’efforce d’arracher un pin antique, et, comme il ne peut y réussir, il le brise et le lance contre son ennemi. Thésée, averti par Pallas (c’est ainsi qu’il le racontait lui-même), se détourne et évite le coup ; l’arbre, cependant, ne tombe pas inutile il va frapper Crantor, et sépare de son cou sa poitrine et son épaule gauche. Achille, ce Crantor avait été l’écuyer de ton père ; le roi des Dolopes, Amyntor, vaincu par lui dans les combats,