Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/486

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saisit, perce les yeux de Grynée, et les arrache ; l’un reste fixé au bois, l’autre coule sur la barbe du Centaure, et le sang figé l’y retient suspendu.

» Du milieu de l’autel enflammé, Rhœtus enlève le tison sacré, le premier tison du sacrifice, et en frappe Charaxus à la tempe droite, que recouvrent de blonds cheveux ; aussitôt la flamme s’attache a la chevelure du Lapithe, et la dévore comme une aride moisson ; le sang qui sort de la blessure siffle, comme le fer rougi que l’ouvrier a retiré de la fournaise avec ses tenailles recourbées, et qu’il plonge dans l’onde. Le Lapithe blessé écarte de ses cheveux hérissés la flamme dévorante, arrache de terre l’énorme pierre qui sert de seuil à la caverne, et la charge sur ses épaules ; un chariot la supporterait à peine. Il veut la lancer, mais le poids l’entraîne, et l’effroyable masse écrase, en retombant, Cométès, son compagnon, qui se tenait près de lui. Rhœtus ne peut contenir sa joie : « Ah ! fassent les dieux, s’écrie-t-il, que chacun de vous sente ainsi la force de ses frères ! » Il dit, et de son tison demi-brûlé, frappe de nouveau le visage de Charaxus à coups redoublés, brise son cou et fait pénétrer ses os dans son cerveau liquéfié. Vainqueur, il attaque Évagrus, Corythus et Dryas ; Corythus tombe à ses pieds, Corythus, dont à peine les joues sont couvertes d’un léger duvet.

« Quel exploit glorieux que le massacre d’un enfant ! » s’écrie Évagrus. Il ne peut achever : Rhœtus, furieux, plonge le bois enflammé dans sa bouche entr’ouverte, et l’enfonce dans sa gorge. Toi aussi, farouche Dryas, il te poursuit, il fait tourner autour de ta tête les feux dévorants ; mais le succès n’est plus le même. Il s’apprêtait à te frapper, confiant dans ses nombreuses victoires ; mais tu l’atteins d’un coup de ton épieu à l’endroit où le cou se joint à l’épaule. Rhœtus gémit, arrache avec effort l’arme qui pénètre ses os, et s’enfuit tout couvert de sang. Comme lui, sont contraints à la fuite Ornée et Lycabas, et Médon, blessé à l’épaule droite, et Pisénor, et Thaumas. Merméros, qui naguère surpassait tous les guerriers à la course, se retire lentement, retardé par une blessure. Pholus, Ménalée, Abus, le chasseur de sangliers, et le devin Astylus, qui avait cherché à dissuader ses compagnons de ces funestes combats, tous reculent devant nous. Comme eux, Nessus voulait se dérober à la mort : « Ne crains rien, lui dit Astylus, les destins te réservent aux flèches d’Hercule ».

Mais Eurynomus, Lycidas, Aréus, Imbréas, ne peuvent échapper au trépas : Dryas les attaque tous de front, et sa main les renverse. Toi aussi, Crénéus, c’est par devant qu’il te frappe ; tu fuyais cependant ; mais, en fuyant, tu regardes en arrière ; et le glaive de Dryas t’atteint entre les deux yeux, à l’endroit où le nez se joint au front. Au milieu de cet horrible tu-