Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/495

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les métamorphoses

des Éacides les noms d’une race étrangère ?

» Est-ce pour avoir pris les armes le premier, de mon propre mouvement, que l’on me refuserait les armes d’Achille ? Doit-on me préférer celui qui les a prises le dernier, qui a joué la démence pour se soustraire à nos périls ? Plus adroit encore, mais moins jaloux de sa sûreté, Palamède découvrit la fourberie du lâche, et le traîna tout tremblant au combat. Et maintenant il toucherait aux armes d’un héros, celui qui n’osait toucher une épée ! et je serais dédaigné, frustré dans mon droit, moi qui me suis le premier offert au danger ! Plût aux dieux que sa folie eût été réelle ou mieux jouée, qu’il ne fût jamais venu sous les murs de Troie, cet artisan de crimes ! Philoctète, nous ne t’aurions pas abandonné dans Lemnos : là, dit-on, caché dans un antre sauvage, tu émeus les rochers de tes plaintes ; tu appelles sur Ulysse le châtiment qu’il mérite ; et s’il y a des dieux, tu ne l’appelleras pas en vain. Quoi ! un des chefs de la Grèce, lié par les mêmes serments que nous, l’héritier des flèches d’Hercule, rongé par la maladie et par la faim, misérablement vêtu, et nourri du produit de sa chasse, fait en ce moment la guerre à des oiseaux avec les flèches qui doivent être fatales à Ilion ! mais il vit, parce qu’il est resté loin d’Ulysse. Malheureux Palamède, que ne t’avions-nous aussi abandonné ! Tu vivrais, ou du moins tu ne serais pas mort innocent et cru coupable ; ce lâche n’avait que trop bien gardé le souvenir de sa fourberie déjouée : il fit de Palamède un traître ; ce crime imaginaire, il le prouva ; et la preuve était l’or qu’il avait lui-même eu soin d’enfouir. Ainsi, par l’exil ou par la mort, il a soustrait à la Grèce deux de ses plus fermes appuis : voilà les combats d’Ulysse ; voilà comment il se fait craindre.

» Il peut être plus éloquent que Nestor lui-même ; mais ses belles paroles ne me feront jamais croire que ce n’est pas un crime d’avoir abandonné Nestor comme il l’a fait. Arrêté par la blessure de son cheval et par le poids des années, le vieillard implorait Ulysse, et le traître prit la fuite : si je mens, Diomède le sait. C’est lui qui retint de force, en le traitant de lâche, son ami éperdu, sourd à la voix qui le rappelait. Mais les dieux sont justes : à son tour le lâche est en péril ; comme il avait délaissé un ami, on pouvait le délaisser : il s’était condamné lui-même. Mais il nous appelait à grands cris : j’arrive, et je le vois étendu par terre, pâle de peur, éperdu, tremblant devant la mort : je lui fis un rempart de mon bouclier ; et, la gloire en est petite, je sauvai la vie d’un poltron. Tu veux lutter contre moi ; eh bien ! retournons à la même place, avec les Troyens autour de nous, avec ta blessure et ta lâcheté ; cache-toi derrière mon bouclier ; et là, ose