Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/514

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


me demandais-je tout rêveur ; quelle en est la cause ? est-ce un dieu, est-ce le suc d’une plante ? mais quelle plante a donc une telle vertu ? » Et je cueille une poignée d’herbes, et je les mords avidement. À peine leurs sucs inconnus ont-ils humecté ma langue, je sens tout mon être bouleversé, mon âme ravie vers un autre élément par un indicible amour. Je ne puis résister : terre, adieu ! adieu pour toujours ! et je me plonge sous les eaux. Les dieux de la mer me reçoivent, et m’associent à leur pouvoir : à leur prière, Téthis et l’Océan me dépouillent de ma nature mortelle ; ils me purifient : ils prononcent neuf fois une formule sacrée, et m’ordonnent de plonger mon corps dans les eaux de cent fleuves. J’obéis ; et cent fleuves roulent leurs ondes sur ma tête. Voilà tout ce que je puis dire, tout ce que ma mémoire me rappelle ; je perdis l’usage de mes sens ; et quand je revins à moi, j’avais un autre corps, un autre esprit. Alors, pour la première fois, je vis cette barbe verdâtre, cette longue chevelure qui traîne au loin sur la mer, ces larges épaules, et mes jambes couvertes d’écailles et de nageoires. Mais à quoi bon cette nouvelle forme ? À quoi bon la faveur des divinités de la mer. Que me sert d’être dieu, si rien ne doit toucher ton cœur ? » Glaucus allait parler encore ; mais Scylla ne l’écoute plus : elle fuit. Le dieu frémit de colère : le dédain irrite sa passion : il va trouver, dans son palais rempli de monstres, Circé, la fille du Soleil.