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les métamorphoses



LIVRE QUATORZIÈME

ARGUMENT. — I. Métamorphose de Scylla en monstre. — II. Voyage d’Énée ; métamorphose des Cercopes en singes. — III. Des compagnons d’Ulysse en pourceaux ; du roi Picus en pivert. — IV. Des compagnons de Diomède en oiseaux, — V. D’Appulus en olivier sauvage. — VI. Des vaisseaux d’Énée en Naïades. — VII. D’Ardée, ville des Rutules, en héron. — VIII. d’Énée en dieu. — IX. D’Anaxarète en statue ; amours de Pomone et de Vertumne. — X. Romulus devient le dieu Quirinus, et Hersilie la déesse Hora.


Déjà Glaucus a laissé derrière lui l’Etna, sous lequel gémissent les géants, et la terre des Cyclopes, qui ne doit rien ni à la herse, ni au soc de la charrue, ni au travail patient des bœufs : il perd de vue les murs opposés de Zancle et de Rhégium, et ce détroit, fertile en naufrages, resserré entre les confins de la Sicile et de l’Italie. D’une main puissante, il fend les flots de la mer Tyrrhénienne, et bientôt il arrive sur les collines aux herbes magiques, et dans le palais aux cent monstres divers de Circé. À peine l’a-t-il aperçue, à peine lui a-t-il donné le salut qu’elle lui rend : « Déesse, prends pitié d’un dieu, je t’en conjure, lui dit-il ; toi seule, si je t’en parais digne, peux adoucir les peines de mon amour ; car je connais toute la puissance des plantes, moi dont elles ont changé la nature. Apprends la cause du mal qui me possède : sur le rivage d’Italie, en face de Messine, j’ai vu Scylla : j’aurais honte de redire mes promesses, mes prières, mes flatteries caressantes, mes paroles d’amour ; elle a tout méprisé. Ô toi, s’il est quelque vertu dans les paroles magiques, que ta bouche sacrée les prononce ; ou si le charme des plantes a plus de force, prends celles dont tu as éprouvé déjà l’effet tout-puissant. Ne me guéris pas, laisse-moi ma blessure ; n’éteins pas le feu qui me dévore, mais que Scylla du moins le partage ! » Circé lui répond (et jamais femme n’eut pour l’amour une âme plus vive et plus ardente ; soit par un fougueux instinct, soit par la colère de Vénus, dont le Soleil, son père, avait révélé la honte) : « Tu ferais mieux de suivre celle qui se laisserait aimer, éprise des mêmes désirs et de la même passion. Tu étais digne d’un tel amour et tu méritais qu’on te l’offrît, sans le demander toi-même : mais, crois-moi, laisse espérer, et quelqu’un te l’offrira. En douterais-tu ? Ne crois-tu pas à la puissance de ta beauté ? Eh bien ! moi, déesse et fille du Soleil, moi dont tout le monde redoute et les paroles et