Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/520

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vaisseau des Troyens. Mais toi aussi, cher compagnon, conte-moi tes aventures, celles d’Ulysse et de tous ceux dont tu as partagé les périls ».

Macarée lui parle d’abord d’Éole, qui règne sur la mer profonde d’Étrurie, et qui retient dans des cavernes les vents furieux. Éole les avait enfermés dans une outre pour les donner au roi d’Ithaque ; et, grâce à cet étrange pré sent, Ulysse, après neuf jours d’une heureuse navigation, découvrait déjà son île tant désirée. Mais le dixième jour, ses compagnons, jaloux de leur chef, et avides de partager ses trésors, qu’ils croyaient cachés dans cette outre, avaient ouvert aux vents leur prison ; et le vaisseau, entraîné par eux sur les mers qu’il venait de traverser, était retenu sur les côtes du royaume d’Éole. « De là, dit Macarée, nous arrivons à la ville antique du Lestrygon Lamus, où régnait alors Antiphatès ; Ulysse me députe vers lui avec deux autres ; mais à peine l’un de mes compagnons et moi trouvons-nous notre salut dans la fuite ; le troisième est dévoré par le roi féroce des Lestrygons. Antiphatès nous poursuit ; et, à ses cris, une foule immense accourt sur le rivage ; ils nous accablent de rochers et de troncs d’arbres ; hommes et vaisseaux sont engloutis ; un seul navire échappe, et c’est celui que je montais avec Ulysse. La plupart de nos compagnons avaient péri ; nous fuyons en déplorant leur sort, et nous venons aborder à cette île que vous voyez de loin ; et c’est de loin qu’il faut la voir. Crois-moi, fils de Vénus, toi le plus juste des Troyens (car à mes yeux, la guerre terminée, tu n’es plus un ennemi), crois-moi, fuis les rivages de Circé. Nous aussi, après avoir attaché nos vaisseaux sur la côte, poursuivis par le cruel souvenir d’Antiphatès et de Polyphème, nous refusions de pénétrer dans l’île, et de visiter un palais inconnu. Il fallut tirer au sort, et le sort me choisit avec Polytès, Euryloque, le buveur Elpenor et dix-huit autres, pour nous rendre auprès de Circé. À peine avons-nous franchi le seuil, nous nous arrêtons, saisis de frayeur à la vue d’une multitude d’ours, de loups et de lions qui accouraient à nous ; mais aucun d’eux n’était à craindre : bien loin de nous montrer les griffes et les dents, ils remuent doucement la queue, et ils nous suivent avec mille caresses. Des femmes nous reçoivent, et à travers d’immenses galeries de marbre, nous conduisent auprès de leur maîtresse. Elle était assise dans une salle magnifique, sur un trône élevé, vêtue d’une robe éblouissante, avec un manteau d’un tissu d’or sur ses épaules. Autour d’elle, une foule de nymphes et de néréides ; mais leurs mains ne sont pas occupées au travail de la laine ; elles disposent les herbes, elles séparent les fleurs