Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/523

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les métamorphoses

dans l’épaisseur du bois, à travers un vigoureux taillis où les chevaux ne pouvaient pénétrer. À l’instant, le chasseur abusé saute à bas de son coursier fumant, s’élance après cette proie imaginaire, et s’égare dans les profondeurs de la forêt. Circé murmure d’infernales prières : elle conjure la puissance mystérieuse par ces mystérieuses paroles qui font pâlir la Lune, et voilent de sombres nuages la face du Soleil. À ces accents terribles, une nuit profonde couvre le ciel ; la terre exhale de noires vapeurs ; les compagnons du roi s’égarent dans les ténèbres et le laissent seul. La déesse saisit l’occasion et le moment : « Oh ! par ces yeux brillants qui ont captivé mes yeux, dit-elle à Picus, par cette adorable beauté qui me fait, moi, déesse, te supplier à genoux ; prends pitié de mes feux, reçois pour épouse la fille du Soleil, de celui dont le regard embrasse l’univers : laisse-toi toucher par mes prières ; ne méprise pas l’amour de Circé ! » Mais Picus repousse avec fierté la déesse et ses vœux :

« Qui que tu sois, lui dit-il, je ne puis être à toi : une autre me possède, et puisse-t-elle me posséder toujours ! Non, jamais, tant que les dieux me conserveront la fille de Janus, un autre amour ne viendra violer le serment qui nous unit ! » Circé prie et conjure de nouveau, mais en vain ; alors elle s’écrie avec fureur :

« Ton insolence ne restera pas impunie ! Tu ne reverras plus Canente : tu sauras ce que peut une femme, une amante outragée ; surtout quand cette femme est Circé, qui t’aime, et que tu outrages ! » Alors, elle se tourne deux fois vers l’Orient, deux fois vers l’Occident : elle touche trois fois Picus de sa baguette, et trois fois elle prononce sur lui des mots magiques ; il fuit, étonné lui-même de la vélocité de sa course : mais il se voit des ailes ; c’est un nouvel oiseau dans les forêts du Latium : indigné, il frappe les arbres d’un bec aussi dur que l’acier ; il fait avec rage de profondes blessures à leurs branches. Son plumage a conservé la couleur de pourpre de sa chlamyde ; et le jaune éclatant de son agrafe d’or brille autour de son cou. Il ne reste plus rien de Picus que son nom.

» Cependant ses compagnons l’appelaient à grands cris, et ne le trouvaient nulle part : ils aperçoivent Circé ; car elle avait déjà éclairé les airs, et permis aux vents et au Soleil de dissiper les nuages : ils l’accusent du crime qu’elle a commis, lui redemandent leur roi, portent la main sur elle, et la menacent de leurs javelots. Mais Circé répand sur la terre des sucs vénéneux ; elle invoque et la Nuit, et les dieux de la Nuit, l’Erèbe et le Chaos ; elle conjure Hécate avec de longs hurlements. Ô prodige ! les forêts bondissent et changent de place ; la terre gémit, les arbres voisins pâlissent,