Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/541

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les métamorphoses

du vin ; peut-être faut-il, suivant la tradition du pays, attribuer la cause de ce prodige à Mélampus, fils d’Amithaon, qui, après avoir, par des paroles et des herbes magiques, calmé la démence furieuse des filles de Prœtus, aurait jeté ses philtres dans la fontaine : l’horreur du vin s’y est conservée. Le Lynceste produit un effet tout contraire : celui qui boit avec excès de son eau chancelle comme s’il avait pris du vin pur. On voit, en Arcadie, un lac que les anciens habitants du pays ont appelé Phénéon, et dont les eaux, à la double nature, sont nuisibles la nuit, et peuvent se boire le jour sans danger. Ainsi, les lacs, les fleuves, les fontaines reçoivent tous mille propriétés diverses.

» Il fut un temps où Délos, maintenant immobile, voguait sur la mer ; le vaisseau des Argonautes eut à redouter le choc des Symplégades, qui se heurtaient au milieu des vagues écumantes ; aujourd’hui, solidement assises, elles soutiennent les assauts des vents. Les ardentes fournaises de l’Etna ne brûleront pas toujours, car elles n’ont pas toujours brûlé. Si la terre est un animal qui vit et qui respire par mille bouches enflammées, elle peut changer les canaux par où s’échappe son haleine, et dans les convulsions qu’elle éprouve, ouvrir les uns et refermer les autres. Si ce sont les vents comprimés dans les antres souterrains, qui lancent dans les airs rochers contre rochers, et des matières inflammables d’où le choc fait jaillir le feu, la furie des vents une fois calmée, ces antres resteront froids ; si c’est le bitume qui s’embrase, ou le soufre qui fume et brûle peu à peu, quand la terre ne pourra plus donner à la flamme ces aliments épuisés par plusieurs siècles, quand le feu ne trouvera plus rien à dévorer, il devra mourir d’épuisement, et laisser l’incendie tomber et s’éteindre.

» On raconte que, dans les régions hyperborées, non loin de Pallène, il y a des hommes dont le corps, neuf fois plongé dans le lac Triton, se revêt de plumes. Je ne puis le croire, et je ne crois pas davantage que les femmes de Scythie, en se frottant les membres de certains sucs, aient le pouvoir d’opérer le même prodige ; mais comment ne pas ajouter foi à ce qui est invinciblement prouvé ? Ne voyons-nous pas les corps, tombés par le temps ou par la chaleur, en putréfaction liquide, se changer en une multitude d’insectes ? Tuez un bœuf, et couvrez-le de terre ; par un phénomène que l’expérience atteste, de ses entrailles pourries naîtra un essaim d’abeilles, amies des champs et du travail, comme l’animal qui les produit, et animées par l’espoir de recueillir le fruit de leurs fatigues. Le cadavre du coursier belliqueux donne naissance aux frelons. Otez au cancre du rivage ses bras recourbés, et enterrez le corps, il en sortira un scorpion au dard menaçant. Cet in-