Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/545

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
517
les métamorphoses

tire à moi les rênes ; et toute leur fougue n’eût pas triomphé de mes efforts ; mais une des roues heurte contre le tronc d’un arbre, se brise et saute en éclats. Le choc me jette hors du char ; je tombe embarrassé dans les guides : elles traînent après elles mes entrailles palpitantes ; ma chair en lambeaux, mes membres épars, pendent aux ronces, aux pointes aiguës des rochers ; un tronc hideux est emporté par le char ; mes os crient affreusement et se brisent ; mon âme s’exhale avec effort : je n’avais plus la forme humaine ; tout mon corps n’était qu’une plaie. Ô Égérie, oserais-tu comparer ton malheur au mien ? J’ai vu les sombres royaumes ; j’ai baigné mon corps déchiré dans les eaux brûlantes du Phlégéthon ; il a fallu les secrets tout-puissants d’Esculape pour me rendre à la vie, et, malgré Pluton indigné, ses plantes et son art y ont réussi. Mais la vue d’un mortel arraché aux enfers était pour bien des dieux un affront : Diane m’enveloppa d’un nuage ; et, pour éloigner de moi tout péril, pour me soustraire à des regards ennemis, elle me fit paraître plus âgé, elle rendit mes traits méconnaissables. La Crète ou Délos devaient être d’abord mon séjour ; la déesse hésita longtemps, et finit par me transporter dans ces lieux, où j’ai quitté le nom qui pouvait me rappeler le triste souvenir de mes coursiers : « Tu n’es plus Hippolyte, me dit-elle, sois Virbius ». Depuis j’habite ces forêts ; je suis un des dieux inférieurs, et, caché sous la protection de Diane, je préside à son culte ».

Le récit des malheurs d’Hippolyte n’a pu soulager ceux d’Égérie ; tristement couchée au pied du mont Albain, elle fondait en larmes. Enfin la sœur d’Apollon, touchée de cette pieuse douleur, changea la nymphe en une fontaine dont les eaux ne doivent jamais tarir.

À la vue de ce prodige, les nymphes et le fils de Thésée furent saisis d’un étonnement pareil à celui du laboureur d’Étrurie, quand il vit une motte de terre s’élancer d’elle-même du sillon, prendre la figure humaine, et ouvrir la bouche pour annoncer l’avenir. Cet homme merveilleux reçut le nom de Tagès, et il enseigna le premier aux Étrusques l’art de pénétrer dans les secrets du destin.

Tel fut aussi l’étonnement de Romulus, après avoir enfoncé sa lance sur le mont Palatin, lorsqu’il la vit se revêtir de feuilles. Le fer avait pris racine, et l’arme meurtrière, changée en arbrisseau flexible, offrait une ombre inattendue aux spectateurs stupéfaits.

Tel fut enfin Cipus, quand il aperçut ses cornes dans les eaux du Tibre. Il les voit, et se croyant le jouet d’une trompeuse image, il passe et repasse la main sur son front ; il