Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/548

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jour naissant succède au sommeil. Les magistrats d’Épidaure, toujours irrésolus, se réunissent dans le temple d’Esculape : ils le conjurent de faire connaître, par des signes divins, le séjour qu’il veut habiter. À cette prière, le dieu, sous la forme d’un serpent à la crête d’or, annonce par des sifflements sa présence. Il paraît, et la statue, l’autel, les portes, le marbre du parvis, le faîte doré du temple sont ébranlés. Il s’arrête au milieu du sanctuaire, se dresse, et jette autour de lui des regards étincelants. La foule recule d’épouvante ; mais le prêtre, au front ceint de bandelettes, a reconnu la divinité. « C’est le dieu, c’est le dieu ! s’écrie-t-il ; vous tous ici présents, adorez et priez avec moi. Dieu puissant, que ta présence nous soit heureuse ; daigne protéger le peuple qui révère tes autels ». À la voix du pontife, chacun adore et prie : les Romains répètent ses paroles, et implorent de la voix et du cœur la protection d’Esculape. Il exauce leurs vœux, et, en signe de consentement, il agite sa crête, avec un triple sifflement. Alors il glisse sur les degrés de marbre ; mais, avant de sortir, il tourne la tête en arrière, regarde encore une fois les antiques autels, et salue en partant le temple qu’il aimait. Son corps immense serpente sur la terre jonchée de fleurs, et se roule en longs anneaux ; il traverse la ville, et arrive à l’enceinte qui protège le port. Là, il s’arrête un moment ; et après avoir promené un paisible regard sur la foule qui l’avait pieusement suivi, comme pour la remercier de son respect, il monte sur le vaisseau latin. Le navire fléchit sous le poids de la divinité ; et les Romains joyeux, après avoir immolé un taureau sur le rivage, délivrent de ses liens le vaisseau couronné de fleurs.

Un souffle léger enfle la voile. Le dieu se redresse ; et, la tête posée sur la poupe, il contemple les flots azurés. Le vaisseau traverse heureusement la mer Ionienne ; et, au lever de la sixième aurore, il découvre l’Italie. Il dépasse le promontoire où s’élève le temple fameux de Junon Lacinienne, les rivages de Scylacée et ceux de l’Apulie. À force de rames, il évite, à gauche, les rochers d’Amphise, à droite, les bords escarpés de Céraunie. Il côtoie Roméchium, Caulon et Narycie, franchit le détroit, et double le cap de Pélore : il laisse derrière lui les îles d’Éole, les mines de Témèse, Leucosie, Pestum au doux climat et aux jardins de roses. De là il gagne Caprée, le promontoire de Minerve, les collines de Sorrente, fertiles en vins généreux, la ville d’Hercule, Stabies, l’oisive et indolente Parthénope, et le temple de la sibylle de Cumes. Il aperçoit tour à tour Baïes aux sources d’eaux thermales, Literne