Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/57

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mais, quand la nuit me conduit à ma couche, que je cherche en poussant des cris et de lugubres gémissements, quand je me suis étendue sur le lit, témoin de ma tristesse, mes yeux, que ne ferme plus le sommeil, se remplissent de larmes. Je le fuis, autant que je le puis, comme un époux qui serait mon ennemi. Souvent mes maux me rendent insensible. J’oublie et ce que je fais, et où je suis, et ma main égarée touche les membres du héros de Scyros. À peine me suis-je aperçue de cette coupable méprise, que je m’éloigne de ce corps dont le contact m’est odieux, et il me semble que j’ai les mains souillées. Souvent, au lieu du nom de Néoptolème, c’est le nom d’Oreste que je prononce, et j’aime, comme un présage heureux, cette erreur de ma bouche. Je le jure par ma race infortunée, par l’auteur de cette race, qui fait mouvoir les mers, la terre et le céleste empire, par les os de ton père, mon oncle, qui, vengés par ton courage, te doivent la tombe où ils reposent. Ou je mourrai jeune, et serai moissonnée à la fleur de mes ans ou, fille de Tantale, je serai l’épouse du fils de Tantale.


DÉJANIRE À HERCULE

Je te félicite de joindre Æchalie[1] à tes titres de gloire ; je me plains qu’un vainqueur ait cédé à celle qu’il avait vaincue. Ce bruit injurieux s’est subitement répandu dans les villes de la Grèce, et semble démenti par tes hauts faits : celui que n’ont jamais pu abattre Junon et une immense série de travaux aurait subi le joug d’Iole ! Que ce soit le vœu d’Eurysthée, que ce soit le vœu de la sœur de Jupiter, et celui d’une belle-mère heureuse de voir une tache sur ta vie, ce n’est pas le vœu du dieu à qui, dit-on, la nuit n’a pas suffi seule pour l’enfantement d’un héros tel que toi. Vénus t’a plus nui que Junon. Celle-ci, en t’opprimant, t’a élevé, celle-là tient sous ses pieds ta tête humiliée.

Vois le monde pacifié par ta force vengeresse, aussi loin que Nérée entoure la terre d’un cercle d’azur. La terre te doit la paix, les mers leur sécurité. L’orient et l’occident sont pleins de ta gloire. Tu as le premier porté le ciel qui doit te porter un jour. Lorsque Atlas étaya les astres, Hercule en fut le support. Qu’as-tu fait, que publier ta honte, et ajouter le déshonneur à tes premiers exploits ? Est-ce bien toi que l’on cite pour avoir avec vigueur étouffé deux serpents, toi, cet enfant qui, dès le berceau, était déjà digne de Jupiter ? Tu as mieux commencé que tu ne finis : tes derniers pas le cèdent aux premiers. L’homme d’aujourd’hui et l’enfant d’autrefois ne se ressemblent pas. Celui que mille monstres, que le fils de Sthénélée, ton ennemi, que Junon même, n’ont pu vaincre, Amour en triomphe.

Mais on vante mon hymen, parce que je me

  1. Ville de l’Eubée.