Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/125

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du côté du père qu’il faut se tourner. Il est vrai aussi qu’il y a bien longtemps que je ne me suis dégonflé le cœur avec vous. C’est qu’en réalité cette année-ci je ne comprends rien à ma manière d’être d’une part, les examens, les ennuis, les inquiétudes, m’ont desséché l’âme, et, d’un autre côté, toutes, mes habitudes de l’année dernière, mes conférences, mes études, mes recherches ont été tellement bouleversées, que je ne me retrouve plus. Plus de ces discussions chaleureuses que nous avions l’an dernier à notre société littéraire, plus de ces travaux de longue haleine qui nous occupaient l’esprit, plus de ces improvisations qui nous échauffaient les idées : toutes nos petites réunions se sont désorganisées ; je suis devenu paresseux, et, hormis quelques misérables articles dans des recueils périodiques et quelques bonnes lectures, je n’ai rien fait hors de mon droit. Je crois, en somme, que si j’ai gagné quelques boules blanches d’une part, j’ai beaucoup perdu d’ailleurs, ou du moins je n’ai pas avancé : de sorte que je ne suis pas trop content de mon esprit. Je ne suis guère plus satisfait du moral ; d’abord, l’ennui et l’inquiétude l’ont passablement dérangé, puis, la tristesse des événements abat le courage ; l’obscurité de l’avenir déconcerte les meilleures résolutions ; à mesure qu’on devient plus grand et qu’on voit le monde de plus près on le trouve hostile toutes les idées, à tous les sentiments aux-