Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/142

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coup coup de monde, et entré autres une famille d’Anglais, et nous vîmes, à notre désappointement, que nous ne pourrions pas jouir sans partage de la société de celui que nous venions chercher. Cependant M. de Lamartine arriva. Il témoigna à Dufieux une amitié toute particulière, et me reçut moi-même d’une manière tout à fait affable. Il nous emmena tous deux dans un pavillon où nous causâmes à trois, près de deux heures. Il nous exposa ses grandes et généreuses, idées politiques, ses belles théories littéraires il s’informa beaucoup de la jeunesse des écoles et de l’esprit qui l’animait, et me parut plein d’espérance pour l’avenir. Ses idées s’enchaînent avec une logique très solide son langage est brillant, figuré : il semble philosophe encore plus que poëte par la pensée, et plus poëte que philosophe par la parole. J’ai rarement vu un homme réunir plus de nobles qualités. Agé de quarante trois ans, il porte sur sa figure l’empreinte de la douleur supportée avec dignité, de la gloire acceptée avec modestie. Son front est très-large, ses yeux grands et vifs, l’arc de sa bouche gracieux et sévère à la fois, ses traits maigres, sa taille haute.

A table et au salon, il m’a paru rempli d’amabilité il nous a instamment pressés de passer une huitaine de jours auprès de lui ; et comme nous ne le pouvions pas, il m’a fait promettre de l’aller voir à Paris cet hiver. Nous avons dîné, passé la