Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/163

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Mais, s’il est vrai qu. je ne sois point ingrat, s’il est vrai que je vous aie conservé une affection sincère, comment se fait-il qu’élle soit restée muette, et qu’est-ce que cette amitié froide, sans parole et sans œuvres, sorte de pétrification morale ? Hélas ! mon cher Dufieux, cette question que je me fais au nom de ramifié, je me la répète tous les jours au nom de tous mes autres devoirs. Ma conscience ne m’épargne point, et placé entre le désir de faire bien et beaucoup, et une faiblesse incroyable qui m’empêche de rien faire, je passe mes journées en reproches amers pour l’inexécution de mes résolutions passées, et en résolutions nouvelles que je n’exécuterai pas davantage et qui me préparent de nouveaux reproches pour l’avenir. Je puis le dire, parce que je le dis à ma honte et à la gloire de Dieu. Peut-être personne ne reçut plus que moi de généreuses inspirations, personne ne ressentit de plus saintes jalousies, de plus nobles ambitions ; il n’est pas de vertus, il n’est pas d’œuvre morale ou scientifique à laquelle je n’aie été convié par cette voix mystérieuse qui retentit au fond de soi-même, il n’est pas d’affections louables dont je n’aie ressenti l’attrait, pas d’amitiés et de relation précieuses qui ne m’aient été ménagées, pas d’encouragements qui m’aient manqué, pas une brise favorable qui n’ait soufflé sur ma tige pour y faire éclore des fleurs. Il n’est peutêtre pas dans la vigne du Père de famille éternel