Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/199

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pouvons passer nulle part sans y laisser quelque lambeau de nos affections, comme les agneaux qui laissent leur laine aux épines. Durant le court voyage que je fis il y a deux. ans en Italie, j’éprouvai bien cette fatalité de notre nature. Toutes ces belles choses que je contemplai me causèrent moins de joie à la première vue que de tristesse au moment du départ. J’entrai à Rome en baillant, j’en sortis les larmes aux yeux. Rome, Florence, Lorette, Milan, Gênes, tous ces endroits ont gardé quelque chose de moi-même, et, toutes les fois que j’y songe, il me semble que je dois y retourner prendre ce quelque chose qui est resté. Or, si des monuments, des souvenirs, des paysages, ont ainsi divisé et captivé mon âme, que ne doivent pas avoir fait sur elle de bons et excellents amis, dont les sympathies l’ont tant de fois consolée, dont les exemples l’ont soutenue, qui l’ont empêchée d’être seule et de se perdre ? C’est pourquoi je m’attriste en songeant que cette année prochaine sera la dernière que je passerai à Paris. Je suis heureux auprès de mes parents, il me semble qu’ils ont besoin de moi, je sens que j’ai besoin d’eux, je ne pourrai me décider à les abandonner dans leur vieillesse ; et cependant il me sera dur, il me sera cruel de quitter le lieu de mon exil, de dire adieu à ceux qui me l’ont rendu supportable, de dire adieu à nos réunions fraternelles, mais par dessus tout à vous et à Pessonneaux.