Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/231

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Tu n’auras point franchi le seuil des sanctuaires d’Assise sans lire la magnifique histoire de saint François au XI° chant du Paradis de Dante

Fertile costa d’alto monte pende...
Di quella costa là dov’ ella frange
Piu sua rattezza, nacque al monde un sole,
Corne fà questo tal volta di Gange.
Pero chi d’esso loco fa parole
Non dica Ascesi, che direbbe corto,
Ma oriente, se proprio dir vuole

.[1]

Dante doit être là, le commentateur nécessaire de Giotto, son contemporain et son ami. Quels hommes, quels pinceaux, et quelles voix pour célébrer le nom d’un pauvre, d’un mendiant, qui fut tenu pour fou! C’est que, selon la parole de M. Lacordaire,il était celui là , il était fou d’amour. Son immense charité embrassait Dieu, l’humanité, la nature ; et considérant que Dieu s’était fait pauvre pour habiter la terre, que le plus grand nombre dans l’humanité est pauvre, et que la nature elle-même au milieu de ses magnificences est pauvre, puisqu’elle est sujette à la mort, il avait voulu être pauvre lui aussi. Le propre de l’amour

  1. Là s’élève une montagne aux coteaux fertiles. « De ces coteaux, et du lieu où la pente s’adoucit, naquit un soleil pour éclairer le monde, comme l’autre soleil semble naître quelquefois des bouches du Gange.
    «  Si quelqu’un donc veut parler de ce lieu, qu’il ne l’appelle point Assise, ce serait trop peu dire qu’il l’appelle Orient, s’il veut user du terme propre. » (Paradis, chant XI. versets 15, 17, 18.)