Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/259

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aussi,- pendant une courte absence, j’ai reçu une alarmante nouvelle : je suis arrivé, il était-trop tard je suis arrivé pour embrasser ma mère et mes frères seulement mon père les avait quittés ; il n’était plus là; il n’y devait plus être ; je ne lui avais dit qu’un adieu de trois mois, et je m’en trouvais séparé de tout l’intervalle de la vie. Ceux qui ne l’ont pas éprouvé ne peuvent dire quel vide fait la privation d’un seul homme, quand tant de respect et d’amour l’entourait, quand on avait coutume de faire tant de choses à cause de lui, et de se reposer sur lui de tant de choses quand il était -vraiment parmi les siens la présence visible de la Divinité. Mon père n’avait point obtenu dans la science une illustration de premier ordre, son nom n’était point célèbre dans de lointaines contrées mais ses travaux et ses vertus l’avaient fait aimer et estimer de ses collègues, de ses concitoyens et surtout des pauvres au service desquels il est mort. Les regrets publics ne lui ont point manqué. Il ne vous était point connu ; mais vous me connaissiez, moi son fils ; et, si jamais votre bienveillance a trouvé en moi quelque chose qui ne vous déplût point, c’était de lui, de ses conseils, de ses exemples, qu’elle me venait. Ainsi l’affection que vous m’avez toujours témoignée m’assure d’avance que cette année aussi il y aura eu entre nous communauté d’afflictions : on se trouve presque heureux de ne pas souffrir seul.