Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/267

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XLVII
À M.L...
Pierre-Bénite , près Lyon, 5 octobre 1837.

Mon cher ami,

Puisque vous le voulez, je vais vous tenir au courant de mon existence depuis l’époque où je vous ai quitté. Vous n’ignorez pas ce qu’il y a de durable dans certaines douleurs. Quand viennent à se replier les ailes sous lesquelles nous avons vécu si longtemps, que l’ombre à laquelle s’abritait notre tête nous manque tout à coup, et que seuls nous portons le poids de la chaleur, est-il étonnant que le chagrin soit désormais de tous les jours ? Ce vide immense que fait dans l’âme de tous les hommes l’absence de Dieu, s’agrandit pour nous de l’absence d’un père ou d’une mère ; et je ne doute pas, mon citer ami, que ce ne soit là l’une des causes de ce deuil intérieur que nous portons tous deux. La santé de ma mère, qui est menacée de perdre lentement la vue, est aussi pour moi une grande