Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/272

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


des malheurs dans l’ordre des choses spirituelles, celui d’offenser Dieu le plus grand des malheurs dans l’ordre des choses de la nature, celui de devenir orphelin ; il a une mère âgée et malade dont il épie tous-les mouvements, tous les regards, tous les traits chaque jour, pour savoir combien de temps encore il la conservera ; il se voit détaché par.l’absence ou par la mort de plusieurs amis auxquels il était tendrement attaché ; et d’autres séparations encore plus douloureuses le menacent. Il est de plus dans toutes les angoisses d’une destinée indécise, accablé de sollicitudes et d’affaires dont les plus heureuses ne laissent pas de le froisser ; s’il se replie sur lui-même pour fuir les spectacles affligeants du dehors, il se trouve rempli de faiblesses, d’imperfections, de défauts et les humiliations et les souffrances secrètes qu’il se cause a lui-même ne sont pas les moins pénibles de toutes. Et l’on vient lui dire, non point de se résigner, non de se consoler, mais de se réjouir : Gaudete semper ! Il faut bien toute l’audace, toute la pieuse insolence du christianisme, pour parler de la sorte. Et cependant le christianisme a raison.

La tristesse a ses dangers :elle se confond souvent avec la paresse, et même elle occupe la place de cette dernière dans les anciennes énumérations des péchés capitaux. J’ai sous les yeux un passage de saint Grégoire le Grand qui s’en exprime en des termes bons à connaître et à retenir