Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/289

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entre commerçants, un certain nombre enfin de consultations gratuites, voilà toutes les occupations que m’a données depuis cinq mois cette digne profession -d’avocat, l’une de celles où l’on fait le mieux fortune à la fin, si l’on n’est pas mort de faim au commencement. Et cependant, je vous avouerai que ces préoccupations si rares me pèsent encore je ne m’acclimate point dans l’atmosphère de la chicane ; les discussions d’intérêts pécuniaires me sont pénibles. Il n’est pas de si bonne cause où il n’y ait des torts réciproques il n’est pas de plaidoyer si loyal où il ne faille dissimuler, quelques points faibles. Il existe des habitudes d’hyperboles et de réticence dont les plus respectables membres du barreau donnent l’exemple et auxquelles il faut s’assujettir ; toutes les figures de rhétorique sont réduites en action devant les tribunaux qui n’entendent plus que ce langage. Il est convenu qu’on doit demander deux cents francs de dommages-intérêts quand on en veut cinquante ; que le client ne saurait manquer d’avoir raison en toutes ses allégations, et que l’adversaire est un drôle. Exprimez-vous en termes plus raisonnables, vous passez pour avoir fait des concessions. ; vous vous êtes avoué vaincu ; les confrères vous en font des reproches ; le client se prétend trahi et si vous rencontrez dans le monde un des juges ’qui ont siégé dans l’affaire, il vous aborde en vous disant « Mon cher, vous êtes trop timide !»