Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/299

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permettez car la fable s’en mêle nécessairement, ne fût-ce qu’en effaçant toutes les choses triviales au milieu desquelles se trouvaient confondues celles dont j’ai gardé mémoire. Ce qui est véritable, ce qui est plus sérieux, ce qui a jeté des racines plus profondes non-seulement dans l’imagination, mais jusqu’au fond du cœur, ce sont les affections formées durant cette période de la vie. J’en ai surpris la preuve en moi lors de deux pertes récentes, celle de Serre et celle de la Noue, qui m’ont fait verser plus de larmes que d’autres, plus capables .selon l’ordre général de m’en arracher. J’en acquiers tous les jours une assurance nouvelle, lorsque m’arrive quelque lettre de vous, quelque article de Lamache dans un journal, quelque nouvelle de Letaillandier, de Pessonneaux ou d’autres pareils cela me fait oublier toutes les inquiétudes s du temps actuel, et, s’il n’était ridicule d’user de cette expression à vingt-cinq ans, je dirais Cela me rajeunit.

Je me sens, en effet, un peu vieilli de toutes manières depuis le jour de notre dernière séparation c’était le 15 mai, mon cher ami il y a un an. Vous me conduisiez, connaissant le malheur que j’ignorais, à cette voiture qui m’emmenait fils désolé, et devait me ramener ici orphelin. Depuis lors ai-je vécu, ou plutôt n’ai-je fait qu’un long rêve ? Je ne veux pas vous en redire toutes les angoisses, vous les avez sues ; mais elles ne sont point