Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/386

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fantômes, et qu’il me semble toujours entendre, en l’appliquant à ces illustres trépassés, le refrain de la ballade allemande : Les morts vont vite, les morts vont vite !

Le livre de l’abbé Maret m’est parvenu depuis peu de jours ; je l’ai lu avec une vive satisfaction. Cet ouvrage a le rare mérite de traiter un sujet qui est à la fois actuel et éternel, de saisir le point vivace de la polémique religieuse, celui par où elle intéresse les esprits contemporains, en même temps qu’elle touche à toutes les aberrations de l’humanité. Le panthéisme est la tentation intellectuelle de tous les âges et de toutes les civilisations ; c’est lui qui, sous des formes idolâtriques, rallie à l’Orient trois cent millions de Bouddhistes, résiste depuis trois siècles à tous les efforts du prosélytisme chrétien, et noie dans leur sang les missions du Tonquin et de la Cochinchine, comme il étouffa jadis dans les flammes d’un immense bûcher les Églises naissantes du Japon. C’est lui aussi qui, prenant le masque de la philosophie, menace l’Europe de la ramener, au nom du progrès, aux doctrines d’Alexandrie ou d’Élée.

Une érudition qui n’est jamais pédantesque, une dialectique qui n’est jamais insolente, un style doucement animé, nullement prétentieux, rendent l’œuvre de M. Maret accessible et acceptable à toutes les intelligences qui ont quelque souci des grands problèmes d’où dépendent le salut de