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LXXI
À M. L... .
Mayence, mardi 14 octobre 1840

Mon cher ami,

Le voyage que j’accomplis n’est pas une partie de plaisir, pas même une affaire de santé, c’est un cas de conscience littéraire. Mais après avoir fait l’effort qu’exigeait le devoir, et m’être jeté en voiture pour Bruxelles, la nature a repris le dessus, et pendant plus de vingt-quatre heures, je me suis laissé aller à un accès de tristesse noire en pensant aux deux grandes jouissances que je sacrifiais, celle de voir mes frères une semaine plus tôt, et celle de passer une journée avec vous. Le cœur y était sans doute pour beaucoup mais peut-être aussi y entrait-il un peu de cet instinct loquace dont je suis doué, et que dans mes moments de charité envers moi-même, j’appelle « besoin d’épanchement. » Quoi qu’il en soit, je me promis alors de remplacer ma course à Sens par une longue lettre, et de remplir ainsi quelqu’une de ces